Socram Banque prépare son avenir sans Arkéa

AURÉLIE ABADIE |  28/11/2019 à 17h00

LES DÉCRYPTAGES SOCRAM BANQUE

Socram Banque prépare son avenir sans Arkéa
la nouvelle république / Maxppp

Arkéa a mis fin aux négociations exclusives en vue d’une reprise de Socram Banque. Les mutuelles actionnaires planchent sur un repositionnement de l’offre bancaire.

Qui va sauver le soldat Socram Banque ? Candidat à la reprise du groupe bancaire, aujourd’hui codétenu par la Macif, BPCE, la Maif, la Matmut et de petites mutuelles d’assurance, le Crédit mutuel Arkéa « a décidé le 11 octobre dernier d’arrêter les négociations exclusives avec les actionnaires de Socram Banque », confirment ses actionnaires à L’Argus de l’assurance. Cette « démarche commune » avait été engagée le 24 juin dernier afin de chercher un « nouveau partenaire pour Socram Banque issu du secteur bancaire », expliquent les mutuelles actionnaires, qui n’ont pas souhaité commenter les motivations d’Arkéa. Selon Les Échos, les difficultés actuelles du groupe bancaire breton, engagé dans un divorce houleux avec la Confédération du Crédit mutuel et contraint de recapitaliser sa filiale d’assurance vie Suravenir, expliqueraient son revirement.

Fondée en 1968 à l’initiative de plusieurs mutuelles d’assurance afin de distribuer du crédit automobile, Socram est devenue, en 2008, une banque de plein exercice grâce à l’entrée au capital des Caisses d’épargne. À l’époque, cela semble être un échange de bons procédés : la Macif et la Maif montent au capital d’Écureuil Assurances (devenu BPCE Assurances), tandis que les Caisses d’épargne permettent à Socram d’obtenir son agrément bancaire. Mais, au fil du temps, les intérêts des actionnaires divergent.

Le résultat décroche

D’abord, parce que BPCE poursuit sa propre stratégie avec la création de Natixis Assurances comme tête de pont de l’activité d’assurance du groupe bancaire. En 2018, Natixis Assurances a ainsi cessé de s’appuyer sur le système informatique de la Macif. BPCE n’a donc plus d’intérêt industriel à poursuivre l’aventure, d’autant que les résultats de Socram Banque ne sont pas à la hauteur des attentes. En 2017, le résultat net a décroché de 60,8 % pour atteindre 5,42 M€. « BPCE porte aujourd’hui sa participation dans Socram Banque comme un boulet. Il ne veut plus faire partie du projet », commente une source proche du dossier.

Si la banque niortaise reste bénéficiaire, ses actionnaires ont toutefois dû prendre des engagements hors bilan afin de la soutenir en cas de crise de liquidité. En 2015, ils se sont engagés sur un protocole de soutien de 299 M€, renouvelé pour 150 M€ en mars 2019. Le modèle de Socram Banque reste, en effet, profondément déséquilibré. « L’activité de banque au quotidien devait permettre à Socram, qui se refinançait jusque-là sur les marchés financiers, de développer son épargne bilancielle. Cela aurait permis de gagner en solvabilité et de disposer d’un vrai outil pour développer le crédit immobilier », juge une partie prenante. Mais cette activité n’a jamais décollé. « La Matmut et les autres mutuelles actionnaires de Socram n’étaient pas intéressées par la banque au quotidien. La Macif et la Maif étaient donc seules à porter le business plan, jusqu’à ce que la Maif décide de ne pas lancer le compte à vue ! », raconte une source au fait du dossier.

En 2009, la Macif lance donc seule le compte Bleu Anis. L’objectif est alors d’équiper 3 à 5 % des sociétaires, selon cette source. Pour dynamiser les ventes, le programme Macif confiance, lancé en 2014, propose aux clients de l’offre bancaire de bénéficier de réductions et d’avantages sur leur assurance dommages. Mais la stratégie ne porte pas ses fruits. « Il fallait ouvrir 270 000 comptes pour atteindre le point mort », selon cette même source. Or, la Macif n’a équipé à ce jour que 172 000 sociétaires.

Quel avenir, dès lors, pour Socram Banque ? Selon nos informations, les mutuelles actionnaires souhaiteraient poursuivre l’activité en repositionnant l’offre, sans nécessairement chercher de nouveau partenaire. Il s’agirait notamment de proposer du crédit immobilier et de travailler à la digitalisation de l’offre sur le modèle de la banque en ligne.

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