L’absentéisme au travail : un mal français guérissable

L’absentéisme en France s’établit autour de 5 % dans le privé et 8 % dans le public. C’est plus élevé que dans les pays comparables. La solution ? Un management de meilleure qualité serait déjà un grand pas de fait écrit par Laurent Cappelletti.

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Le coût annuel de l’absentéisme est de 108 milliards d’euros, soit 4, 7 % du PIB.

ShutterstockPar Laurent Cappelletti (professeur titulaire de chaire du CNAM)Publié le 26 nov. 2019 à 6h39Mis à jour le 26 nov. 2019 à 8h55

Différentes études récentes sur l’absentéisme au travail, celle d’Ayming et de Gras Savoye Willis Towers Watson, confirment l’envolée de ce phénomène. C’est un mal chronique, singulier de notre pays au regard d’autres comparables où il est bien moins répandu comme la Suède ou l’Allemagne. Ces études, si l’on raisonne en jours ouvrés, montrent que l’absentéisme s’établit autour de 5 % dans le privé et 8 % dans le public, soit deux à trois fois plus que le seuil considéré comme incompressible lié aux épidémies ou aux maternités. Cela correspond environ à 10 jours d’absence par an et par salarié dans le privé et 17 jours dans le public soit, comme l’a évalué notre étude pour l’Institut Sapiens*, un coût total de 108 milliards d’euros par an (4,7 % du PIB !), qui viennent à manquer aux entreprises, à l’Etat, à la croissance de l’économie nationale et au pouvoir d’achat du citoyen. Mais quelle est l’origine de ce mal en France ?

Les observations menées sur les lieux de travail montrent que deux causes liées en sont à l’origine. D’un côté, le rapport au travail des Français s’est modifié. Ces derniers, pour s’engager au travail, sont plus exigeants ce que permet un droit du travail protecteur. De l’autre, la qualité du management de proximité, que l’entreprise soit grande ou petite, publique ou privée, et quel que soit son secteur, n’a pas évolué, voire s’est dégradée. Ainsi on constate, globalement en France, des modes de management anachroniques, qu’il s’agisse d’une boulangerie, d’une mairie ou d’une grande entreprise, qui sont restés soit trop timorés – on ne s’occupe pas des gens au prétexte de leur laisser de l’autonomie – soit trop oppressants, selon un modèle taylorien dit de « petit chef ». Que faire alors ?

Certes, renforcer les contrôles par la Sécurité sociale permettrait quelques progrès mais l’essentiel n’est pas là, puisque 85 % des arrêts de travail sont justifiés. Les études rigoureuses en la matière indiquent qu’un management de bonne qualité, qui stimule l’engagement et réduit l’absentéisme, ne conduit pas à transformer le travail ni en bagne ni en lieu de villégiature. Il consiste à allier bienveillance et courage de la part des managers pour instaurer auprès des managés un dialogue régulier sur le niveau satisfaisant, pour les deux parties, des conditions de travail, de l’organisation du travail, de la communication, de la formation, de la gestion du temps, de la rémunération et des carrières.

En agissant sur ces leviers, les études de cas réels montrent que l’absentéisme peut être réduit de 15 % jusqu’à 66 %*. Cela permettrait de récupérer, en France, jusqu’à 70 milliards d’euros par an pour nourrir la croissance, la satisfaction sociale et le pouvoir d’achat. C’est donc d’une transition managériale radicale dont notre pays a besoin, portée par les organisations d’employeurs et de salariés et supportée par des politiques publiques, nationales et locales. En particulier, des incitations à des enseignements et des formations pertinentes, bien adaptées aux enjeux du XXI° siècle ainsi qu’aux transformations technologiques en cours. Ou bien des amendements législatifs, comme celui à la loi Pacte prévoyant pour les entreprises qui mettent en oeuvre des innovations managériales un accompagnement par BPI France. Ou encore, selon un modèle fiscal incitatif, en reversant une fraction des excédents économisés par la Sécurité sociale, grâce à cette dynamique socio-économique, aux entreprises et organisations vertueuses qui auront abaissé leur absentéisme par un meilleur management de proximité.

Laurent Cappelletti est professeur titulaire de chaire du Conservatoire national des Arts et Métiers (Le Cnam).

(*) Savall, H., Cappelletti, L. (2018). Les coûts cachés de l’absentéisme. Institut Sapiens, Paris.

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