Crédit immobilier : les banques déclarent la guerre aux courtiers

Confrontés à des taux historiquement bas, plusieurs mastodontes du secteur – mutualistes en particulier – ont commencé à sérieusement durcir, voire à rompre leurs relations avec les courtiers en crédit immobilier. Ils espèrent restaurer leurs marges en supprimant un intermédiaire.

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Certaines caisses régionales du Crédit Agricole ont commencé à revoir leur partenariat avec les réseaux de courtage.

XAVIER VILA/SIPAPar Raphaël BlochÉdouard LedererHubert VialattePublié le 22 nov. 2019 à 6h30

En dix ans, ils se sont imposés dans le paysage. Souvent lancés comme de modestes affaires de famille,  les courtiers en crédit génèrent aujourd’hui 40 % des demandes de crédit immobilier en France, et même 60 % en région parisienne, selon la profession. Mais cet âge d’or est en train de s’achever.

Selon nos informations, plusieurs grandes banques ont commencé à remettre sur la table leur partenariat avec les réseaux de courtage. « La guerre est déclarée », déclare l’un des plus gros courtiers français.

Des courtiers « déconventionnés »

Si les situations varient d’une région et d’une banque à l’autre, les mutualistes ont clairement durci le ton : ils ne veulent plus payer 1 % de commission sur chaque dossier, alors que leurs parts de marché, au niveau local, peuvent être très élevées.

Crédit Agricole Languedoc (CAL) a ainsi mis fin à tous ses contrats avec les courtiers. « On ne gagne plus d’argent sur les prêts à l’habitat,explique le CAL. Avec nos parts de marché, nous nous rendons compte que nous n’avons pas besoin de sourcing ».

Plus largement, certains courtiers se sont vus « déconventionnés » dans le Sud-Ouest de la France et le même mouvement est à l’oeuvre dans le Nord-Ouest. « Il y a des tensions avec les banques », reconnaît Philippe Taboret, président de l’Association professionnelle des intermédiaires en crédit (Apic) et directeur général adjoint de Cafpi.

Ce qui a mis le feu aux poudres

Chez Crédit Mutuel Arkéa (qui regroupe la Bretagne, le Sud-Ouest et pour l’heure le Massif Central), un nouveau chapître s’ouvre. « Nous voulons continuer à travailler avec les courtiers à la condition que l’on se situe bien dans un partenariat. Nous exigeons des dossiers de bonne qualité, un partage équilibré de la valeur, et un taux de transformation convenable. Dans le cas contraire, nous dénonçons les conventions de courtage », avance Sébastien Musset, directeur général groupe adjoint chez Crédit Mutuel Arkéa.

C’est la faiblesse persistante des taux qui a mis le feu aux poudres. Confrontées à des taux historiquement bas, les banques veulent restaurer leurs marges en supprimant un intermédiaire. « Les banques ne peuvent pas jouer sur les taux donc elles regardent là où il y a des marges et les courtiers sont une proie de choix », lâche un bon connaisseur du secteur.

Les banques admettent que les courtiers ont su répondre à une demande. « Les courtiers se sont développés sur un besoin de comparaison des offres, correspondant bien à l’ADN des consommateurs. Mais il faut aussi reconnaître que le monde bancaire n’a pas toujours bien su, dans le passé, répondre aux attentes des clients », reconnaît Sébastien Musset. « Beaucoup de courtiers se sont engouffrés dans la brèche de la méfiance des banques, qui a fait suite à la crise financière de 2008 », ajoute un autre banquier.

« Ils vont se planter »

Pour les plus gros courtiers, Meilleurtaux, Cafpi ou Empruntis, la messe n’est pas dite. Les banques « n’ont pas les moyens de gérer les dossiers. Ils vont se planter », confie l’un d’eux. Les courtiers restent par ailleurs utiles dans les zones les plus concurrentielles. En région parisienne, notamment, aucune banque ne domine le paysage, ce qui favorise les apporteurs d’affaires.

« Certaines banques partent, d’autres arrivent », relativise Hervé Hatt, président du Groupe Meilleurtaux, qui revendique la place de leader sur le marché français (10 milliards d’euros de production).  Pour certains acteurs bancaires cherchant à rapidement gagner des parts de marché , le courtage reste une façon de gagner du temps.

Raphaël Bloch et Edouard Lederer avec Hubert Vialatte, à Montpellier

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