Finance : désastre en vue ? les établissements bancaires sont donc invités à jouer la carte de la prudence. Ce que ne semble pas entendre Jean-Pierre Denis, le patron d’Arkéa

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Alors que l’occurrence d’une crise financière apparaît de plus en plus probable, les banques européennes ont plutôt intérêt à jouer la carte de la prudence, leur secteur pouvant être fortement impacté.

Et si, 10 ans après l’une des plus grandes catastrophes financières de l’histoire, les banques du Vieux Continent n’étaient pas tirées d’affaire ? Immédiatement après la crise des subprimes, en 2008, le secteur bancaire européen a renforcé sa législation pour éviter que ses établissements ne s’effondrent, moyennant quelque 2 000 milliards d’euros. Problème : de nombreux analystes commencent sérieusement à pointer du doigt la faiblesse de leur système immunitaire. En vue, notamment, du prochain marasme financier qui, selon eux, devrait intervenir très bientôt.

« Tempête parfaite »

Les banques, malgré quelques mesures conjoncturelles adoptées il y a une décennie, sont retombées dans leurs travers d’avant-crise. Et « les quelques réformes qui ont été adoptées, quand les souvenirs de la catastrophe étaient encore vifs et la volonté politique forte, ne suffiront sans doute pas », s’alarmait un rapport de l’organisation Finance Watch en septembre dernier. Maximisation (risquée) des profits, dette publique mondiale abyssale (237 000 milliards de dollars, soit +40 % en 10 ans), hausse du loyer de l’argent et, par conséquent, des crédits — in fine de l’endettement privé… Les sources d’inquiétude sont pléthoriques.

Si l’on en croit l’économiste Nouriel Roubini, l’un des rares à avoir prédit la crise des subprimes, une « tempête parfaite » serait ainsi sur le point de toucher le monde de la finance. Dont les conséquences seraient même pires qu’il y a 10 ans. Pas franchement rassurant. D’autant moins en Europe, où la prochaine déflagration pourrait venir du marché de l’immobilier, annonçait Danièle Nouy, présidente du conseil de supervision au sein de la Banque centrale européenne (BCE), il y a quelques mois. Certains établissements n’ayant pas réussi à se munir, entre autres, d’un « système de garantie des dépôts » permettant de rembourser les déposants en cas de défaillance de la banque.

Surtout, les analystes redoutent qu’une croissance portée en grande partie par l’endettement public ne fasse s’effondrer tout le système bancaire du Vieux Continent. Le bilan de la BCE représente effectivement 41,4 % du produit intérieur brut (PIB) de la zone euro (soit deux fois plus que celui de la Fed aux États-Unis) ; un déluge de liquidités qui aplatit complètement la courbe des taux, faisant ressurgir dans les médias spécialisés quelques termes honnis, comme celui de « prêts pourris » (subprimes en anglais) par exemple. « Alors oui, la prochaine crise financière peut tout à fait apparaître en Europe, et plutôt dans le secteur bancaire que sur les marchés boursiers », avertit l’économiste Philippe Herlin.

Rôle des autorités bancaires

Autrement dit : ce n’est pas le moment, pour les banques, de partir à l’aventure. Alors qu’une crise financière apparaît de plus en plus probable — ceci dès cette année —, les établissements bancaires sont donc invités à jouer la carte de la prudence. Ce que ne semble pas entendre Jean-Pierre Denis, le patron d’Arkéa, la filiale bretonne du Crédit Mutuel, qui ne cesse de militer pour l’indépendance de sa structure depuis plusieurs mois. Cela quand bien même les autorités politiques et financières, françaises comme européennes, se sont succédé pour l’avertir des risques qu’il faisait courir aux quelque 300 caisses locales d’Arkéa… Et aux 3 millions de Français dont il gère l’épargne.

Car une fois indépendante, Arkéa cesserait d’être mutualiste et pénétrerait dans le monde capitaliste. Mais sans en avoir les armes. L’établissement breton devrait alors s’acquitter envers son ancienne maison-mère d’une indemnité évaluée à 1,7 milliard d’euros. Pas franchement l’idéal lorsqu’on se lance « à son compte ». Sans oublier, donc, la crise financière qui guette l’Europe, et le secteur bancaire en particulier.

L’affaire Arkéa pose la question du rôle des autorités bancaires française et européenne. Ces dernières ont en effet mis en garde la banque bretonne à plusieurs reprises, mais sans jamais lui interdire explicitement de mener son projet d’indépendance à son terme. Une négligence qui contraste avec la volonté des deux piliers de l’Europe que sont la France et l’Allemagne de « renforcer les mécanismes de sécurisation des banques » sur le Vieux Continent.

Les deux pays semblent en effet avoir compris qu’une nouvelle crise financière est aux portes de l’Europe et souhaitent être prêts à parer à toute éventualité. Reste à savoir si les mesures décidées au plus haut sommet de l’État seront bien appliquées et, si elles le sont, suffisantes.

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