Les patrons de la finance à surveiller en 2019

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Taux bas, Brexit, Italie, pression réglementaire, mutation numérique… Banques et assurances font face à une série de défis inédits. Certains dirigeants sont en première ligne.

Après une année noire, qui a vu le cours des  banques européennes dévisser de 35 % et celui des banques américaines de 22 %, les établissements financiers regardent 2019 avec un mélange d’espoir et d’appréhension. En Europe, ils espèrent certes une première hausse des taux de la Banque centrale européenne (BCE) en fin d’année, mais restent confrontés à un cocktail explosif d’incertitudes.

Celui-ci inclut la  fin de la politique d’assouplissement monétaire de la BCE , qui a soutenu la zone euro pendant trois ans et créé un afflux historique de liquidités, le risque de crise bancaire en Italie avec la déconfiture de Banca Carige, le danger réel de « hard Brexit » le 29 mars, la volatilité des marchés, sans parler du risque de retournement conjoncturel…

« Aujourd’hui, l’inquiétude clef concernant les banques européennes est que l’Europe manque l’opportunité de relever les taux avant la prochaine récession, notaient en décembre les analystes d’UBS dans une étude sectorielle. Si les taux devaient rester bas pour plus longtemps, nous voyons […] un risque de baisse de 10 % des bénéfices sur l’ensemble du secteur ».

Or à cela s’ajoutent des défis structurels, à commencer par la révolution numérique qui favorise de nouveaux acteurs, la pression réglementaire ou la concurrence de la finance de l’ombre. Toutes les banques font face au même avis de gros temps. Mais certaines, comme Crédit Mutuel ou Société Générale, doivent en plus relever des défis spécifiques (voir ci-dessous).

Dans ce contexte imprévisible, les établissements se concentrent sur  leur propre feuille de route et semblent avoir remisé leurs projets de fusions. Ce n’est pas le cas dans l’assurance, où les deux gros dossiers de l’année – l’intégration de XL Group par AXA et l’offensive attendue de Covéa sur SCOR – concernent justement des scénarios de consolidation.

Le pire, auquel doivent se préparer les dirigeants (tous masculins), n’est jamais sûr. Mais une chose parait acquise : le paysage financier européen et français ne sera pas le même à la fin qu’en ce début d’année 2019.

Frédéric Oudéa, à l’aube d’un nouveau mandat

Frederic Oudea, directeur général de Société Générale. - Bruno DELESSARD/Challenges-REA
Frederic Oudea, directeur général de Société Générale. – Bruno DELESSARD/Challenges-REA

« C’est vous l’avenir ». Si le  nouveau slogan de Société Générales’adresse d’abord à ses clients, il convient aussi à son patron, Frédéric Oudéa, dont le mandat doit être renouvelé en mai prochain bien qu’il soit déjà le dirigeant de grande banque européenne le plus longtemps en exercice (dix ans). Après une année en enfer, marquée par des  amendes totalisant 2,7 milliards de dollars aux Etats-Unis, la démission forcée de son directeur général délégué Didier Valet et une chute de son action de 30 %, la banque de la Défense doit prouver aux investisseurs qu’elle pourra jouer à moyen terme  le rôle de consolidateur qu’elle revendique. Pour cela, le patron de 55 ans devra convaincre que son groupe est plus solide qu’il ne parait et « délivrer », comme on dit à Wall Street, en remplissant les objectifs de son plan stratégique « transform to grow ». Sans quoi, celui qui s’est mis au code python risque de finir avalé par son ancien collègue Jean-Pierre Mustier, le DG d’UniCredit à qui l’on prête des désirs de fusion.

Laurent Mignon, l’homme pressé doit s’installer chez BPCE

Laurent Mignon, PDG de Natixis - Bruno DELESSARD/Challenges-REA
Laurent Mignon, PDG de Natixis – Bruno DELESSARD/Challenges-REA

Quand il a fallu remplacer François Pérol à la tête du groupe BPCE, le 1er juin dernier, Laurent Mignon est apparu comme  le candidat naturel. Depuis, l’ancien patron de Natixis, la banque d’investissement des Caisses d’épargne et des Banques populaires, n’a pas perdu une seconde. En six mois, il a annoncé la fermeture du Crédit Foncier, la mise en vente de la néobanque Fidor et  l’achat des services financiers de Natixis pour 2,7 milliards d’euros. Mais alors que cette dernière vient d’enregistrer un  accident de marché de 260 millions d’euros sur des produits déployés sous son autorité, ce mutualiste d’adoption risque de perdre une partie du crédit qu’il avait gagné auprès des « rouges » et des « bleus » en libérant Natixis de ses actifs encombrants et de son passé maudit (subprime, Madoff…). Cet amoureux de la Bretagne, qui veut parachever la fusion des Caisses d’épargne et des Banques populaires, devra user de toute son adresse pour les convaincre.

Eric Lombard, à la manoeuvre pour le grand pôle financier public

Eric Lombard, directeur général de la Caisse des Depôts - ERIC PIERMONT/AFP
Eric Lombard, directeur général de la Caisse des Depôts – ERIC PIERMONT/AFP

Depuis sa nomination comme directeur général de la Caisse des Dépôts (CDC) en décembre 2017, Eric Lombard a déjà coché plusieurs cases sur sa feuille de route. Sa première année rue de Lille a vu notamment l’ex-PDG de Generali France faire naître la « Banque des territoires ». Mais, surtout, ce fan de voile a bien manoeuvré pour permettre la création d’ un grand pôle financier public autour de la Caisse des Dépôts et de La Post e. Présentée fin août par le gouvernement, cette opération complexe aboutira à la prise de contrôle de l’opérateur postal par la CDC – qu’une disposition de la loi Pacte devant être adoptée définitivement au printemps va rendre possible – et de CNP Assurances par La Banque Postale. Mais le grand enjeu pour Eric Lombard et Philippe Wahl, le patron de La Poste, sera d’obtenir de l’Autorité des marchés financiers une dérogation pour que La Banque Postale n’ait pas à lancer une OPA coûteuse sur les actionnaires minoritaires de la CNP.

Christian Sewing, douze mois pour sauver Deutsche Bank

Christian Sewing, président du directoire de Deutsche Bank - Daniel ROLAND/AFP
Christian Sewing, président du directoire de Deutsche Bank – Daniel ROLAND/AFP

Christian Sewing va-t-il sauver Deutsche Bank ? C’est une des questions qui occupent la finance européenne, partagée entre la « Schadenfreude » (joie maligne) de voir  l’ancien fleuron de la Deutschland AG manger son chapeau après avoir péché par arrogance, et sa crainte de voir la banque qui présente  le plus gros risque systémique au monde (FMI) entraîner les autres dans sa chute. Contrairement à ses deux prédécesseurs britanniques, le jeune patron nommé l’an dernier a l’avantage d’être un produit maison : il a commencé sa carrière comme apprenti au sein de la première banque allemande. De quoi faire oublier les derniers scandales de Deutsche Bank – « Panama Papers », Danske Bank – à moins que ceux-ci ne lui portent le coup de grâce. Tandis que Commerzbank lorgne ses tours jumelles, Christian Sewing préfère taire les  rumeurs de mariage francfortois et redresser le groupe. Ce champion de tennis peut compter sur le soutien du ministre des Finances Olaf Scholz qui, depuis Berlin, suit le dossier comme le lait sur le feu.

Thomas Buberl, réussir l’intégration de XL

Thomas Buberl, PDG d\'AXA - ERIC PIERMONT/AFP
Thomas Buberl, PDG d’AXA – ERIC PIERMONT/AFP

Le plus dur commence peut-être pour Thomas Buberl. En 2018, le jeune patron allemand d’AXA avait frappé fort avec  l’acquisition à 15,3 milliards de dollars de XL Group , un spécialiste de l’assurance des entreprises et de la réassurance basé aux Bermudes. Annoncée en mars, l’opération avait été suivie en mai par  la mise en Bourse à Wall Street des activités américaines d’assurance-vie et de gestion d’actifsdu groupe français. Ce double mouvement donne corps au « nouvel AXA » voulu par Thomas Buberl, davantage tourné vers l’assurance dommages, la santé et la prévoyance et moins exposé aux risques financiers. Mais celui qui impulse un tempo d’enfer depuis qu’il a pris la suite d’Henri de Castries en septembre 2016 doit encore apporter aux marchés la preuve de la pertinence de l’achat de XL. Depuis l’annonce de l’opération, le titre est à la peine (-23 %). L’assureur a indiqué que le processus d’intégration devrait prendre deux ans. Mais  les analystes attendent , eux, avec impatience les résultats du premier semestre 2019.

Andrea Enria, le nouveau gendarme des banques à l’épreuve du feu

Andrea Enria, président du conseil de surveillance prudentielle logé à la Banque centrale européenne.
Andrea Enria, président du conseil de surveillance prudentielle logé à la Banque centrale européenne.

2019 a commencé sur les chapeaux de roues pour  le nouveau patron du gendarme bancaire européen , Andrea Enria. Le lendemain même de son installation à la présidence dudit conseil de surveillance prudentielle logé à la Banque centrale européenne (BCE), l’institution a décidé de  placer sous tutelle Banca Carige en y nommant des administrateurs. Le sort de la banque italienne, en mal de fonds propres est l’un des multiples dossiers que devra gérer le successeur italien de la française Danièle Nouy à la tête du jeune système de supervision des banques de la zone euro. Au cours de ces cinq dernières années, celui-ci a veillé à ce que les quelque 120 grands établissements de crédit européens dont il a la charge renforcent leur solidité et délestent leurs bilans des créances douteuses. Tout en poursuivant ce travail, l’ancien patron de l’Autorité bancaire européenne aura pour mission de s’assurer que le secteur absorbe  l’onde du choc du Brexit . A l’heure où de nombreux établissements financiers basés outre-Manche organisent leur installation sur le continent, le superviseur est déterminé à prévenir la création de « coquilles vides ».

Jean-Pierre Denis, le banquier breton rebelle au pied du mur

Jean Pierre Denis, President du Credit Mutuel de Bretagne et du Credit Mutuel Arkea - Bruno LEVY/CHALLENGES-REA
Jean Pierre Denis, President du Credit Mutuel de Bretagne et du Credit Mutuel Arkea – Bruno LEVY/CHALLENGES-REA

Le bras de fer continue pour Jean-Pierre Denis, le président d’Arkéa qui souhaite prendre son indépendance vis-à-vis du Crédit Mutuel depuis plus de trois ans. Bien décidée à empêcher la sécession du groupe breton, la Confédération Nationale du Crédit Mutuel a fait savoir en fin d’année aux autorités françaises qu’elle comptait interrompre les discussions à ce sujet. Son conseil d’administration a prévu de  se réunir cette semaine pour entériner cette décision. Jean-Pierre Denis est désormais très attendu sur les modalités du divorce qu’il échafaude. Il est aujourd’hui en discussions avec les autorités françaises et la BCE qui souhaitent connaître toutes les conditions et les conséquences d’un scénario de sortie. Les administrateurs des caisses locales d’Arkéa devront ensuite se  prononcer sur le projet. Ce vote pourrait intervenir dans le courant de l’année, avançait l’agence de notation  Moody’s fin 2018. Autant dire que le patron d’Arkéa a encore fort à faire pour convaincre.

Thierry Derez, à l’affût sur SCOR

Thierry Derez, PDG de Covea - C. LEBEDINSKY/Challenges-REA
Thierry Derez, PDG de Covea – C. LEBEDINSKY/Challenges-REA

Thierry Derez, le PDG de Covéa, ne dit rien mais ses intentions ne font guère de doute. Après avoir présenté en vain fin août à SCOR une  offre « amicale » de rachat valorisant le réassureur français à plus de 8 milliards d’euros , le groupe connu pour ses enseignes MMA, MAAF et GMF ne devrait pas lâcher l’affaire. A la tête du premier assureur auto et habitation français depuis 2008, Thierry Derez est prêt à casser sa tirelire pour construire un groupe de dimension mondiale et très diversifié. D’autant qu’il connaît parfaitement sa cible, dont  Covéa est le premier actionnaire avec plus de 8 % du capital. Celui qui fut avocat dans une autre vie aura les coudées franches pour revenir à la charge début avril quand l’assureur sera délié de son engagement de ne pas monter à plus de 10 % du capital. A moins que  Denis Kessler , l’emblématique PDG de SCOR, fermement attaché à l’indépendance du réassureur, n’ait trouvé d’ici là le moyen de contrecarrer ses plans.

Thibaut Madelin, Solenn Poullennec, Laurent Thévenin
@ThibautMadelin  – @SolennMorgan  –@laurentthevenin

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