Pour les startups, il faut sauver Crédit Mutuel Akéa, « la banque de l’audace »

Capture d’écran 2018-06-08 à 20.56.24.png

Au-delà de son fief breton, la banque régionale a reçu, dans son combat pour l’indépendance, l’appui d’un grand nombre d’acteurs de l’écosystème numérique français, des fonds de capital-risque aux startups de la Fintech, dans laquelle elle a investi en pionnière. Ses soutiens craignent l’affaiblissement ou la disparition d’un groupe devenu un partenaire incontournable.

Vous n’êtes peut-être pas client du Crédit Mutuel Arkéa, surtout si vous n’habitez pas la Bretagne, le Sud-Ouest ou le Massif Central, mais vous avez peut-être déjà eu recours à la plateforme de cagnotte en ligne Leetchi, à l’agrégateur de comptes Linxo ou à la banque en ligne Fortuneo. A l’étroit dans son périmètre, contraint par le principe de territorialité s’appliquant au sein de l’ensemble Crédit Mutuel qui lui interdit d’ouvrir des agences ailleurs, Arkéa s’est tourné très tôt vers le numérique, en quête de relais de croissance. Le groupe a racheté le courtier en ligne Fortuneo en 2006 et a été pionnier dans sa démarche d’ouverture au monde des startups, dès les années 2010, par le biais de partenariats, d’investissements ou d’acquisitions.

Soutien de tout l’écosystème de la French Tech

Dans son combat pour l’indépendance, tout l’écosystème de la French Tech s’est mobilisé derrière lui, des fonds de capital-risque aux startups elles-mêmes, apportant son soutien médiatique à cet acteur jugé atypique dans le paysage bancaire français. C’est « le fer de lance de l’innovation bancaire », estime Olivier Mathiot, le directeur général de Price Minister Rakuten et vice-président de l’association professionnelle France Digitale. Ces acteurs craignent l’affaiblissement ou la disparition d’un groupe devenu un partenaire incontournable.

Arkéa affirme avoir « investi plus de 103 millions d’euros depuis 2011 dans l’économie numérique. » L’an dernier, il aurait représenté 28% des montants investis dans les startups de la finance, la Fintech (un chiffre qui exclut sans doute le rachat de Compte Nickel par BNP Paribas pour une somme estimée à 200 millions d’euros).

« Nous voulons créer une sorte d’archipel de startups qui nous rejoignent, et non pas les digérer ou les intégrer », explique Ronan Le Moal, le directeur général.

« Vivier d’innovations et levier de transformations, ces Fintech permettent au Crédit  Mutuel Arkéa d’entretenir son agilité, d’élargir sa gamme de services et de rester à la pointe de la technologie et des usages des consommateurs » indique le groupe.

« La banque de l’audace »

Aux yeux de Geoffroy Guigou, le cofondateur et directeur général de Younited Credit, une plateforme de prêts à la consommation participatifs en forte croissance (appelée à l’origine Prêt d’Union), dans laquelle Arkéa a mis plusieurs millions d’euros, « c‘est la banque de l’audace, qui a eu le flair d’investir dans des Fintech avant même que ce terme ne devienne un nom commun ! Nous sommes fiers et chanceux d’avoir Arkéa à nos côtés depuis 2011. Ce sont 210 emplois créés grâce à eux. »

Le 17 mai dernier, à l’issue du rassemblement de milliers de salariés du groupe bancaire à Paris, Céline Lazorthes, fondatrice d’une des success-stories de la Fintech française, la cagnotte Leetchi et sa plateforme de paiements pour places de marchés Mangopay (rachetée par Arkéa pour environ 50 millions d’euros en 2015), est montée à la tribune installée devant le ministère de l’Economie et des Finances, à Bercy, afin d’exprimer son soutien à « ce groupe hors du commun, qui fait l’innovation en France, sans qui la croissance de Mangopay et Leetchi n’aurait pas été possible. »

La séparation, un frein à la poursuite de la politique d’investissement ?

Figure de la French Tech, éphémère présidente du Conseil national du numérique, Marie Ekeland, qui porta Critéo jusqu’à son introduction au Nasdaq, aujourd’hui à la tête du fonds Daphni dans lequel Arkéa a investi, est également montée sur scène pour défendre Arkéa, « partenaire historique de France Digitale, pilier du financement de l’économie numérique ».

« Arkéa nous voit comme un partenaire, pas comme une menace. Il sait aller à notre rythme, rapide », confie le fondateur d’une startup de la finance.

Le groupe breton est ainsi prestataire de compte de cantonnement pour le compte Nickel, de gestion des flux interbancaires pour la néobanque Morning. Arkéa prévoit de lancer sa propre néobanque autour de l’appli de paiement entre amis qu’il a rachetée l’an dernier et a créé sa propre Fintech, Nouvelle Vague, qui a conçu une appli mobile Max, un assistant vocal personnel qui propose une carte gratuite, des outils de gestion de budget et des recommandations « impartiales » sur l’assurance et l’épargne, pour « simplifier le quotidien » de ses utilisateurs. On ne connaît pas encore le nombre d’utilisateurs.

Max Fintech néobanque Arkéa

[L’application Max lancée par Nouvelle Vague, Fintech d’Arkéa]

S’il venait à devenir indépendant, Arkéa pourrait-il encore investir autant d’énergie et d’argent dans les Fintech, alors que son attention serait toute entière consacrée à un processus de séparation complexe et coûteux ? Ronan Le Moal objecte au contraire que, dans la situation actuelle, « on nous demande de rendre des comptes sur des opérations de croissance externe, on nous entrave dans notre capacité à entreprendre. On est une des rares banques en France à permettre l’ouverture de compte totalement en ligne, avec un smartphone. Il se trouve que ce serait interdit par les procédures de la Confédération », l’organe central du Crédit Mutuel.

Delphine Cuny

@DelphineCuny