Arkéa / Crédit Mutuel : les enjeux du départ du groupe bancaire breton

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Élus locaux, régionaux, parlementaires finistériens, entrepreneurs, artistes, clients… n’en jetez plus, la liste des soutiens à la « cause » Arkéa est plus longue que les conditions générales de vente d’un crédit bancaire. Aujourd’hui, la démarche vers l’indépendance de la fédération Crédit Mutuel – Arkéa est devenue une cause populaire en Bretagne, au prix d’une campagne grand publicintitulée d’abord « Vent Debout » puis « Avis de tempête ». Les soutiens de la banque bretonne savent se faire bruyants sur les réseaux sociaux.

Campagne virale sur les réseaux sociaux

L’enjeu, selon cette campagne, est le refus de la centralisation du fonctionnement de la fédération Arkéa. Garder tous les emplois et maintenir des centres de décisions sur le territoire régional. Un argumentaire qui, localement, ne peut que recueillir l’adhésion du plus grand nombre. Mais de l’avis du directeur général de la CNCM, la confédération, Pascal Durand, « la centralisation est un mythe. Ce n’est absolument pas dans la philosophie de la confédération de s’occuper des emplois dans les groupes régionaux ».

Enjeu et prise de risque

Pour comprendre les enjeux, il faut savoir que le Crédit Mutuel fait partie des 3 banques mutualistes françaises. Avec le Crédit Agricole et le groupe Banque Populaire – Caisse d’Épargne. Des banques aux statuts spéciaux, nés des petites caisses locales, et dont la philosophie a toujours été le principe de solidarité entre elles. Arkéa regroupe d’ailleurs 3 « entités Crédit Mutuel » le CMB, mais aussi une fédération Crédit Mutuel du Sud Ouest et une fédération du Massif Central, dont le dirigeant Frédéric Ranchon ne veut pas suivre la ligne « séparatiste ». Un organe central pilote le tout. Pour le réseau Crédit Mutuel, c’est la CNCM. Et au milieu des autres fédérations, le Crédit Mutuel de Bretagne joue un air de soliste, de plus en plus fortement.

Des responsables syndicaux doutent

« Le problème c’est qu’on organise déjà la sortie de notre groupe. On n’a plus de continuité dans les visuels des produits bancaires. Le livret bleu, le produit le plus simple, est devenu le livret CMB. Et l’encaissement des chèques n’est parfois plus possible entre des caisses de différents crédits mutuels. » pour ce responsable syndical, qui souhaite rester anonyme, cette volonté d’indépendance est menée à la hussarde et contre la philosophie originelle du groupe. « Je suis un mutualiste convaincu, et ce n’est pas qu’une histoire de perte de marque. Je suis catastrophé par la manière dont tout cela tourne. On s’est construit avec une idéologie mutualiste, et _la division ce n’est pas un projet mutualiste_« .

Arkéa, un modèle original et qui marche

Pourtant, c’est bien le cœur des reproches adressés par les dirigeants d’Arkéa à leur confédération. Depuis quelques années, Jean-Pierre Denis, le PDG, développe une stratégie de rachats d’entreprises (croissance externe), et démontre qu’il fait des choix originaux et audacieux. Avec succès : les derniers résultats présentés sont brillants. « Je me félicite de la réussite d’Arkéa » glisse d’ailleurs Pascal Durand. Après tout, ce qui est bon pour une filiale est bon pour le groupe. Ce qui le conduit à cet argumentaire : « Jamais notre fonctionnement n’a entravé les projets du Crédit Mutuel Arkéa ». Quant aux menaces sur les emplois, un membre du CCE, ancien dans l’entreprise dit « ça fait 20 ans que j’entends que des projets de fusion pourraient réduire l’emploi ».

Futur incertain

Finalement, le débat rationnel est presque impossible : pour les tenants de la sécession, ce qu’il faut craindre c’est une re-centralisation pas encore effective. Alors que pour les autres, ce qu’il faut craindre c’est l’avenir d’Arkéa loin de son groupe bancaire initial. Devra-t-il perdre la marque ? Pour le moment, la réponse est oui, il semble difficile de revenir là-dessus. Devra-t-il abandonner le statut mutualiste ? Pour le moment, cela est très flou. Le gouverneur honoraire de la Banque de France, Christian Noyer écrit le 19 janvier dernier dans un courrier « le maintien de l’unité serait nettement préférable » de peur sans doute de voir un acteur majeur semer la zizanie dans le paysage bancaire français.

Syndicalistes pas rassurés

En tout cas, rarement il aura été aussi compliqué de faire parler un syndicat au micro. Symptôme d’une ambiance qui parfois tourne au vinaigre. Pour l’un : « de toute façon on va se faire virer ». Un autre nous dit : « moi je ne suis pas kamikaze », pour une 3e « je ne vais pas sur twitter et facebook »… de peur d’y trouver sur elle ou sa démarche quelques méchancetés. Un membre du CCE : « C’est pesant. On sent bien que la pression est là tous les jours, c’est un sujet qui revient et tous les jours sur notre messagerie interne, nous avons des messages qui nous incitent à nous mobiliser pour la cause, comme un mantra. Chez certains, c’est très mal vécu. On aime notre boîte, nous aussi on veut la défendre mais pas au point de suivre le mouvement aveuglément ».

Consultation des caisses locales

Le CMB-Arkéa a promis une consultation de ses caisses locales en Mars, le 23. De nombreuses se sont déjà positionnées. Souvent pour l’indépendance. Si les dirigeants exposent enfin, les contours de leur projet d’indépendance, tous les acteurs du dossiers pourraient y voir déjà un peu plus clair. Car aujourd’hui, il n’y a que des intentions d’indépendance. Pour le concret, les dirigeants du Crédit Mutuel Arkéa ont toujours repousser la présentation d’une feuille de route claire, adaptant leur discours au grée des événements et surtout, allant de déconvenues en déconvenues sur le plan légal et juridique. « Un document sera présenté aux caisses locales une semaine avant le vote » affirme l’entreprise. Une semaine qui s’annonce tendue et riche en débats internes. Espérons qu’ils puissent se faire dans un climat le plus apaisé possible.

Par Benjamin Bourgine, France Bleu Armorique et France Bleu Breizh Izel

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