Crédit Mutuel Arkéa. Une caisse contre le départ de la Confédération

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Le Crédit Mutuel Arkéa, et ses fédérations de Bretagne et du Sud-Ouest, envisagent de quitter la Confédération nationale de la banque mutualiste, quitte à perdre le nom Crédit Mutuel. La démarche est engagée, et des votes auront lieu dans les caisses locales. L’initiative d’Arkéa, dont le siège est au Relecq-Kerhuon, près de Brest, ne fait pas l’unanimité. Comme en témoigne cette lettre ouverte de la caisse du Crédit Mutuel enseignant (7 000 clients et sociétaires en Ille-et-Vilaine).

C’est une première dans le monde bancaire. Le Crédit Mutuel Arkéa et ses fédérations de Bretagne et du Sud-Ouest envisagent de quitter la Confédération nationale de la banque mutualiste. Jean-Pierre Denis, le président d’Arkéa, estime que son groupe (9 500 salariés et quatre millions de clients) bénéficiera de sa totale autonomie pour continuer à se développer. Il estime aussi que le CM11-CIC (11 autres fédérations du Crédit Mutuel, présentes notamment dans l’est de la France, et le CIC) est un concurrent direct. Aussi, aux yeux d’Arkéa, la cohabitation au sein de la Confédération nationale est devenue impossible.

Dans les prochaines semaines, les caisses locales d’Arkéa seront amenées à se prononcer. En Ille-et-Vilaine, celle du Crédit Mutuel enseignant (quelque 7 000 clients et sociétaires, enseignants et personnel de l’Éducation nationale ou du privé) s’inquiète de ce départ de la Confédération nationale. Son président, Jean-Paul Martin et ses huit autres administrateurs le disent dans cette lettre ouverte (lire ci-dessous).

Lettre ouverte aux sociétaires et clients du Crédit Mutuel de Bretagne

« Les administrateurs des caisses locales du Crédit Mutuel de Bretagne vont devoir se prononcer prochainement sur la demande du Président du groupe Crédit Mutuel Arkéa, Jean-Pierre Denis de : quitter la Confédération du Crédit Mutuel, d’adhérer à la création d’un nouveau groupe bancaire et d’accepter de perdre la marque Crédit Mutuel.
Cette perspective unilatérale de scission, qui doit permettre au président d’Arkéa de développer son groupe en toute autonomie est très risquée car la création d’un nouveau groupe mutualiste, au sens du code monétaire et financier suppose une modification du cadre législatif. Or, le Gouvernement n’envisage pas de modifier la loi existante.
Des administrateurs de caisses locales déplorent le manque d’information et de transparence à l’égard des sociétaires et des clients », disent notamment ces administrateurs.

« Est-ce bien l’esprit du mutualisme ? »

Plus loin, ils écrivent : « La sécession annoncée et promise par Jean-Pierre Denis risque d’être lourde de conséquences pour les milliers de salariés et les quelques millions de sociétaires et clients du Crédit Mutuel Arkéa.
Déjà, l’agence Standard & Poor’s « s’inquiète des tensions au sein du groupe mutualiste et du risque de sortie du mécanisme de solidarité. La note de crédit d’Arkéa pourrait être dégradée de plusieurs crans en dessous de la catégorie « A ».Quel intérêt de devenir une autre banque et de se trouver en concurrence avec des Caisses qui resteront « Crédit Mutuel » ? Est-ce bien l’esprit du mutualisme ? »

« Nos valeurs communes au sein de la Confédération du Crédit Mutuel »

Dans leur courrier, ils précisent aussi : « Nous souhaitons garder la marque historique « Crédit Mutuel » qui est la marque bancaire préférée des Français. Avec cette marque, nous avons construit la notoriété de notre banque en Bretagne et sur l’ensemble du territoire, dans l’unité nationale. Au sein de la Confédération et avec une autonomie reconnue, nous avons développé un système bancaire original, de par son organisation, ses structures démocratiques mutualistes, ses sociétaires, ses élus. »

« Un risque énorme »

Enfin, ils précisent : « En demeurant « Crédit Mutuel », nous voulons bénéficier de l’appui et de la force de la Confédération, à l’assise financière solide, et profiter de produits financiers et de taux d’intérêts avantageux.Nous ne prendrons pas le risque énorme : de faire sécession, de nous replier sur une seule région, d’appartenir à un groupe bancaire pesant seulement 10 % du Crédit Mutuel national, de voir le groupe dégradé par les agences de notation, d’avoir pour conséquences des coûts de refinancements plus élevés et des taux d’intérêt moins intéressants pour les sociétaires et clients, et de faire perdre des emplois comme le craignent toutes les organisations syndicales.

Le projet des dirigeants d’Arkéa est peu réaliste : pourquoi vouloir une indépendance bretonne quand l’autonomie a toujours été garantie dans la Confédération ? C’est en effet dans l’affirmation d’une originalité au sein d’une Confédération diversifiée, intégrant de nombreuses régions, que la fédération du Crédit Mutuel Arkéa a réussi son développement et obtenu de si bons résultats en toute autonomie. »

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