Bercy et la Bretagne s’écharpent autour de la sécession de Crédit Mutuel Arkéa — voici l’histoire de cette banque qui a lancé une opération séduction sur la french tech

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  • Crédit Mutuel Arkéa demande à être une banque indépendante, malgré les réticences du gouvernement.
  • 120 personnalités de la tech françaises ont lancé une tribune pour soutenir cette initiative.
  • La banque s’oppose, entre autres, à une trop forte « centralisation » du groupe Crédit Mutuel.

Crédit Mutuel Arkéa a mobilisé tous ses soutiens dans la French Tech pour appuyer sa demande de sécession.

Le groupe de bancassurance, filiale du Crédit Mutuel qui regroupe les fédérations de Bretagne et du sud-ouest, est en pleine bataille pour divorcer officiellement de son organe central.

Mais rien ne se passe comme espéré.

Le Crédit Mutuel s’oppose à ce départ, et Bercy estime que cette séparation, souhaitée depuis plusieurs années par Arkéa, est « hasardeuse ».

Une tribune intitulée « Avis de Tempête » a ainsi été lancée pour soutenir « l’indépendance » de la banque. Elle a été signée par des politiques mais aussi des personnalités de la French Tech, comme Frédéric Mazzella (BlaBlaCar), Christian Guillemot (Ubisoft), Fleur Pellerin (Korelya Capital), Pierre Kosciusko-Morizet (Priceminister) ou encore Marie Ekeland (ex-présidente du CNNum).

Ils s’opposent à ce qu’ils appellent une « prise de contrôle » du groupe Crédit Mutuel, menée par le CM11-CIC, son groupe le plus important.

Cette forte mobilisation met sur le devant de la scène une banque qui dispose d’une grande assise au niveau régional et un appui important des acteurs des nouvelles technologies et de l’innovation numérique.

Voici l’histoire du Crédit Mutuel Arkéa, qui veut devenir une banque indépendante.

Elle est la deuxième plus grosse filiale du Crédit Mutuel

Arkéa arrive derrière le CM11-CIC, qui est le premier groupe en terme de nombre d’employés. Le groupe regroupe le Crédit Mutuel de Bretagne, le Crédit Mutuel du Sud-Ouest et le Crédit Mutuel du Massif Central, ainsi de que nombreuses filiales.

Elle compte aujourd’hui 9000 salariés pour 3,9 millions de clients.

Arkéa souhaite se démarquer en étant proche de ses clients, comme l’a expliqué son DG, Ronan Le Moal, à Sud Ouest fin 2017:

« La taille moyenne de Crédit Mutuel Arkéa est son principal atout. Nous sommes en train de redevenir le banquier du coin, comme le commerçant du coin, un acteur de proximité. »

Elle est en concurrence avec la « branche est » du Crédit Mutuel

Arkéa cohabite avec le CM11-CIC, la « branche Est » du Crédit Mutuel, depuis 1958, rappellent les Echos. Mais Arkéa considère que le groupe Crédit Mutuel cherche à favoriser le CM11-CICà ses dépends.

Elle a pris un tournant en 2008 avec une présidence plus jeune

Jean-Pierre Denis a été élu président d’Arkéa en 2008 en portant le projet « Horizons 2015 ». A l’époque, il parlait déjà de maintenir un « souci d’indépendance ». Il a ensuite nommé rapidement Ronan Le Moal à la direction générale, dont il a vanté le « profil de développeur ».

Elle est un fleuron breton — et souhaite le rester

La banque Crédit Mutuel Arkéa considère que les projets du groupe général vont mettre en péril une partie des emplois bretons (1800 au siège de Brest) et renforcer une « centralisation ».

« La décentralisation n’est pas qu’une histoire d’institutions et de transfert de compétences aux régions. C’est avant tout la présence de centres de décision au plus proche des gens. Dans le privé comme dans le public. Noyer Arkéa dans un grand ensemble piloté depuis Paris serait à cet égard un signal terrible », insiste la pétition « Avis de Tempête ».

Arkéa s’est positionné comme un ‘champion européen du digital’

Arkéa s’est forgé une réputation de « champion européen » des startups et entreprises qui misent sur le numérique. Parmi ses acquisitions importantes, on trouve Fortuneo en 2006, et une acquisition de 86% du capital de Leetchi pour 50 millions d’euros en 2015. Plus récemment, la banque a aussi racheté Pumpkin, l’appli de transactions financières entre particuliers, en juillet 2017.

Les cadres d’Arkéa affirment avoir « multiplié par près de 7 leur résultat net depuis 2008 », souligne la Tribune. La banque affichait en 2016 336 millions d’euros de bénéfice net et 6,1 milliards d’euros de fonds propres.

« La taille de notre bilan nous place dans le top 40 des banques européennes », se vante-t-on en interne, a rapporté la Tribune.

Plusieurs personnalités de la tech ont témoigné de l’importance d’Arkéa dans l’écosystème de startups françaises. Guillaume Gibault du Slip Français, a ainsi témoigné en ligne:

« Arkea est de loin la banque la plus proche des entrepreneurs qui comprend nos problématiques, nos besoins de financements‘ spécifiques et les équipes en place sont agiles, rigoureuses et de très bon conseil dans le temps. »

Elle est en conflit avec le gouvernement et le Crédit Mutuel

En septembre 2017, Arkéa a engagé pour de bon sa procédure de divorce avec le Crédit Mutuel. En janvier 2018, le groupe a répondu en a engageant des poursuites de sanction à l’égard de trois cadres d’Arkéa. Mais elles ont été suspendues par le Conseil d’Etat le 7 février 2018.

Missionné par le ministère de l’Economie, l’ancien gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a rendu un rapport concernant le « différend » entre le Crédit Mutuel Arkéa et son organe central. Il y met en doute « la viabilité du Crédit Mutuel Arkéa dans un scénario de séparation », notamment à cause de l’inévitable perte du nom « Crédit Mutuel » en cas de sécession, qui pourrait résulter en un gros manque à gagner pour la banque.

Ce qu’il va se passer maintenant

La suspension de la sanction demandée par le Crédit Mutuel contre les trois cadres d’Arkéa s’inscrit dans le cadre d’un procès plus large.

Arkéa a formé une requête contre les nouveaux statuts adoptés par la Confédération Nationale du Crédit Mutuel en 2016, qui souhaite se transformer en société, « en vue de devenir ensuite un établissement de crédit », explique le Télégramme. Ces statuts sont accusés de retirer des prérogatives à la filiale Arkéa et d’aller vers plus de « centralisation » au niveau national.

Le Conseil d’Etat devrait répondre sur le fond début mars 2018.

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