Conférence des Territoires : L’esprit d’entreprise à l’honneur

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Tous les ans, la Conférence des Territoires met en lumière le savoir-faire et le rayonnement des entreprises d’un département breton. Pour cette édition 2017, la manifestation organisée à l’initiative du Crédit Mutuel de Bretagne faisait escale dans le Morbihan.

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Il flotte dans l’air comme une saveur iodée de grand large. Parmi les travées du Palais des Congrès de Lorient, souffle un vent porteur. Sur scène, trois « capitaines » de l’industrie morbihannaise témoignent de leur expérience d’entrepreneur. Trois parcours distincts, trois personnalités différentes mais un même moteur : la passion. Celle qui vous donne envie de larguer les amarres pour, à votre tour, mettre le cap sur l’aventure de l’entreprise. Christophe Nicéron n’a pas oublié ses débuts, « avec deux tréteaux et deux planches, sur le marché de La Forêt-Fouesnant ». Diplômé de l’école hôtelière, amoureux de la Bretagne et d’une Bigoudène, ce pâtissier réalise gâteaux bretons, fars et kouign amann. Un coup de foudre pour Belle-Île et le voilà qui s’y installe avec femme et enfants. « Nous avons alors voulu créer un produit qui représentait Belle-Île et dans lequel les îliens se reconnaîtraient ».

C’est ainsi que la biscuiterie « La Bien Nommée » voit le jour. Petit à petit, l’affaire se développe. Durant 15 ans, un emploi supplémentaire est créé chaque année. L’île ayant ses contraintes et ses limites, c’est sur le continent que son nouveau projet, mûri durant 10 ans, a pris forme. En début d’année, son usine de 2 800 m² implantée à Landévant est entrée en production. Un outil performant – 7 millions d’euros d’investissement – qui permet de fabriquer des caramels au beurre salé et diverses autres « lichouseries » qu’il commercialise sous la marque Carabreizh. Avec désormais 20 personnes employées à Belle-Île et 22 à Landévant, Christophe Nicéron a parcouru bien du chemin depuis son démarrage sur les marchés.

Du sérieux et du professionnalisme

La trajectoire diffère mais Michel Boulaire se reconnaît dans le témoignage de son confrère. « Le métier d’entrepreneur peut prendre plusieurs formes mais on le fait toujours avec passion ». Lui, le fils d’agriculteur, s’est orienté vers des études d’ingénieur en agro-alimentaire, conformément au souhait de ses parents. « Ils avaient une petite exploitation et m’ont conseillé d’aller travailler à l’extérieur ». Son diplôme en poche, il exerce durant quatre ans chez Casino puis quatre autres années chez Saupiquet avant de rejoindre le groupe Jean Floc’h, spécialiste de l’abattage et de la transformation de la viande porcine.

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« Ensuite, j’ai gravi les échelons ». « Qu’est-ce qui fait que l’on passe de cadre dirigeant à repreneur d’entreprise ? », interroge le journaliste Lionel Buannic. « Je pense que c’était mon destin, répond avec franchise le dirigeant morbihannais qui avoue « ne pas tellement aimer être commandé ». « La société aurait pu être rachetée par un groupe extérieur mais je pressentais qu’alors les centres de décision pourraient quitter la région. Moi, je suis Breton. Je suis convaincu qu’il y a de la compétence ici. Et je trouve dommage que les centres de décision ne soient pas là où la valeur se crée ».

Devenu propriétaire, il est aujourd’hui à la tête d’un outil qui emploie 1 800 personnes et réalise 550 millions d’euros de chiffres d’affaires consolidé, dont près de 30 % à l’export. Mais son regard sur l’entreprise n’a pas changé. « Il faut être sérieux, professionnel, travailler et construire. C’était déjà ma vision quand j’étais salarié ».

Une persévérance récompensée

Clémentine Gallet, elle, a plongé dans l’aventure entrepreneuriale avec son époux alors qu’ils étaient encore étudiants ingénieurs en mécanique. Son mari ayant inventé une tête de robot capable d’appliquer des fibres composites, ils montent une société, « dans le garage des parents, à Lyon ». Lauréats du concours du ministère de la Recherche, ils se mettent en quête d’investisseurs pour développer leur procédé. « J’étais jeune, la bulle internet venait de s’effondrer, je n’avais pas un kopek en poche », résume cette dynamique chef d’entreprise qui voit, une à une, les portes se fermer devant elle. Les études de marché ayant souligné les applications potentielles de leur innovation pour la construction nautique, le couple quitte Lyon pour rejoindre Lorient.

« En décembre 2002, nous avons réalisé la première augmentation de capital ». Trois ans plus tard, alors que le secteur du nautisme traverse un trou d’air et que les commandes tardent à se concrétiser, la chance va leur sourire. « Boeing venait de lancer un avion tout en matériaux composites. Airbus a décidé de s’y intéresser également. Avec notre petit prototype, nous étions face à de grosses boîtes américaines ». Des ingénieurs du constructeur européen font le déplacement dans le Morbihan. « Ils ont été convaincus et nous ont passé une première petite commande ».

Pour Coriolis Composites, c’est alors le véritable décollage. La société basée à Quéven va notamment fournir les machines chargées de fabriquer le fuselage de l’avion A350. Forte désormais de 140 salariés, l’entreprise table sur un chiffre d’affaires de 27 millions d’euros pour l’exercice 2017. Un niveau qui pourrait d’ailleurs doubler d’ici à cinq ans, la pépite morbihannaise ayant récemment rejoint le programme « Accélérateur PME » de BPI France.

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Question de cohérence

Questionnés sur leurs principales attentes vis-à-vis d’un établissement bancaire, les trois dirigeants d’entreprise s’accordent spontanément sur les notions de transparence, confiance et loyauté. Même convergence lorsqu’il s’agit d’évoquer l’attachement à la région ou le sentiment de responsabilité vis-à-vis du territoire sur lequel leur société se développe. Personne ne s’étonnera donc qu’ils aient choisi pour partenaire une banque revendiquant son ancrage territorial et ayant fait de la proximité sa marque de fabrique. La cohérence est aussi une qualité du chef d’entreprise !

Au cœur de l’écosystème

« Les choses bougent. Les modes de financement des entreprises se diversifient », constate Marc Brière, président du directoire d’Arkéa Capital. Depuis 35 ans, cette entité spécialisée accompagne en fonds propres les entreprises déjà installées. Présente au capital de nombreux fleurons de l’économie bretonne (Sermeta, Le Graët, Chantiers Piriou, Galapagos, Hénaff…), la filiale du Crédit Mutuel Arkéa s’est dotée ces dernières années d’outils lui permettant d’intervenir dès les premiers stades de la vie d’entreprise. « Dans le secteur du digital, 600 dossiers nous ont été proposés en un an et demi, dont 300 pour la seule Bretagne ». Les critères de sélection ? « La vision du marché, la capacité à toujours avoir un temps d’avance ».Savoir écouter, être capable de se remettre en question et de bien s’entourer sont également très importants. « Nous ne sommes pas seulement des apporteurs de capitaux, nous créons des passerelles, nous mettons en relation ». Une « philosophie » que l’on retrouve également chez Arkéa Banque Entreprises et Institutionnels (ABEI). La filiale du groupe coopératif et mutualiste, qui finance les grandes entreprises, la plupart des collectivités locales bretonnes, ainsi que les grands promoteurs immobiliers nationaux et régionaux, a cherché comment se distinguer de la concurrence.

« Bien sûr, nous veillons à la réactivité, explique Jean-Michel Royo, directeur général adjoint d’ABEI. Mais les autres établissements aussi. Notre taille intermédiaire nous ouvre d’autres champs. Dans le domaine du logement, nous avons ainsi décidé d’ouvrir nos contacts à nos contacts. Aménageurs, promoteurs et bailleurs sociaux ne se connaissent bien souvent qu’à l’échelle de leurs territoires. Nous, nous mettons à leur disposition notre base de clientèle ». Plusieurs rencontres façon « speed dating » ont ainsi été organisées avec succès. Des déclinaisons pour les entrepreneurs et l’agro-alimentaire sont d’ores et déjà à l’étude. Une nouvelle approche peut-être en passe de devenir « meetic »…

Jean-Yves Nicolas

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