UNSA CCE ARKEA

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Crédit Mutuel pose ses conditions financières au divorce d’Arkéa

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L’organe central de la banque mutualiste a mandaté Lazard pour évaluer les rétrocessions et indemnisations qu’il compte réclamer au groupe breton en cas de séparation.

Est-ce un pas dans la voie de la séparation entre le Crédit Mutuel et son affilié breton Arkéa ? Pour la première fois, ce mardi 19 juin, la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM), l’organe central du groupe mutualiste, évoque de façon concrète la possibilité d’une sortie du Crédit Mutuel Arkéa, que réclame ce dernier. Quand le divorce ne prend pas la voie du consentement mutuel, le conjoint qui ne souhaite pas la séparation demande sa part des biens du couple et une prestation compensatoire. Et la CNCM fait exactement cela : elle pose ses conditions financières à une sortie, sur le mode : « vous voulez vraiment partir ? voilà ce qu’il vous en coûtera ! » Et la note du divorce s’annonce salée.

La CNCM annonce ce mardi dans un communiqué qu’elle a mandaté la banque Lazard pour évaluer « toutes les conséquences financières (rétrocession et indemnisation) d’une éventuelle désaffiliation« .

« Sur la base des 3,5 milliards [d’euros] de réservesaccumulées au sein du Crédit Mutuel Arkéa et de ses caisses locales, la rétrocession au groupe Crédit Mutuel du bénéfice de mutualisation créé par la collectivité des clients et sociétaires » réclame la Confédération.

Elle veut sa part des bénéfices mis en réserve par Arkéa arguant qu’ils ont été générés grâce au régime de la mutualisation (la marque, la note de crédit consolidée du groupe pour emprunter, etc). Une estimation qui s’annonce ardue mais que la Confédération attend dans quelques jours. L’organe central estime que les sociétaires des caisses d’Arkéa qui souhaiteraient rester au sein du Crédit Mutuel seraient « spoliés » si cette part des réserves n’était pas rétrocédée au groupe.

« Indemnisation des dommages »

Ensuite, la Confédération nationale, qui a adopté cette délibération lors de la réunion de son conseil d’administration ce mardi, en présence du représentant d’Arkéa, exige :

« l’indemnisation du Crédit Mutuel pour les dommages créés, en particulier la nécessité de redéployer son réseau dans le Sud-Ouest et en Bretagne, rendue nécessaire par l’obligation de continuité territoriale, propre à sa mission de service public et à sa volonté de financement et d’animation au plus près des territoires. »

L’organe central du groupe mutualiste se fonde sur une décision du tribunal administratif de Paris en septembre 2016, soulignant que le groupe doit veiller au maintien d’un « réseau équilibré sur tout le territoire » pour traduire le « principe de territorialité » (chaque groupe a son périmètre et ne doit pas empiéter sur les plates-bandes du voisin), établi par la loi, en une notion de « continuité territoriale. » La CNCM avait jusqu’ici présenté l’installation de caisses du Crédit Mutuel en Bretagne et dans le Sud-Ouest comme une menace de concurrence à Arkéa, et non comme une obligation. Le montant réclamé dépendra du nombre de caisses choisissant la rupture et celles restant au sein du Crédit Mutuel : la Confédération espère bien que la perspective de ce coûteux divorce découragera les présidents de caisses locales.

Entre mars et avril, plus de 300 caisses du groupe breton Crédit Mutuel Arkéa ont voté à 94% en faveur du projet d’indépendance et de construction d’un groupe distinct du Crédit Mutuel en abandonnant la marque.

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[Le logo officiel du Crédit Mutuel à gauche, celui d’Arkéa à droite]

Abandon de la marque et du logo

D’ailleurs, la Confédération pose dans les autres conditions cet abandon de la marque (déjà prévu par Arkéa) mais aussi du logo actuellement utilisé par le groupe breton, une version revisitée des trois ronds blancs sur fond rouge du Crédit Mutuel en une sorte de triskell. La CNCM avait même attaqué son affilié pour contrefaçon. Elle demande désormais « le développement d’une marque et d’un logo ne créant ni confusion, ni parasitisme. »

Arkéa n’a pas commenté les prétentions financières de la Confédération dans son communiqué en réaction :

« Le groupe Arkéa prend acte de ce que la Confédération nationale du Crédit Mutuel envisage désormais la mise en oeuvre de l’indépendance d’Arkéa. En revanche, le groupe Arkéa rappelle que la CNCM ne dispose pas des prérogatives pour fixer unilatéralement les conditions de cette sortie » réplique-t-il.

Le groupe assure poursuivre les travaux engagés avec les autorités bancaires en vue d’aboutir à un schéma de sortie. Cependant, la reprise du dialogue, demandée par les pouvoirs publics, n’a toujours pas eu lieu. L’organe central a posé comme préalable le retrait de tous les contentieux, notamment les poursuites au pénal engagées contre Nicolas Théry, le directeur général de la CNCM Pascal Durand, et six autres dirigeants.

 

Négociations : une direction pingre

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LA CNCM POSE SES CONDITIONS À L’AUTONOMIE D’ARKÉA

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Divorce envisagé

 

Cela fait déjà plusieurs années que la guerre est déclarée entre Crédit Mutuel Arkéa et le reste du groupe, à commencer par son instance nationale centrale, la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM). Crédit Mutuel Arkéa souhaite en effet quitter le groupe et prendre son autonomie, ce qu’a toujours refusé l’organe central de décision du groupe Crédit Mutuel.

Dans un communiqué de presse publié hier soir, la CNCM a annoncé qu’elle avait mandaté la banque Lazard pour réaliser un audit de « toutes les conséquences financières (rétrocession et indemnisation) d’une éventuelle désaffiliation ». Une première, qui pourrait passer pour un signe d’ouverture, dans la mesure où la Confédération nationale du Crédit Mutuel n’avait jamais accepté d’évoquer cette éventualité et toujours opposé aux demandes d’Arkéa une fin de non-recevoir.

Toutefois, si elle évoque enfin la possibilité d’une sortie des caisses de l’ouest et du sud-ouest de la France, la CNCM souhaite avant tout leur montrer ce que cela va leur coûter. Et, comme dans tout divorce conflictuel, la CNCM va compter, tout compter, jusqu’à la valeur de la dernière petite cuillère.

Par exemple, la CNCM réclame « sur la base des 3,5 milliards [d’euros] de réserves accumulées au sein du Crédit Mutuel Arkéa et de ses caisses locales, la rétrocession au groupe Crédit Mutuel du bénéfice de mutualisation créé par la collectivité des clients et sociétaires ». Selon l’organe central du groupe bancaire mutualiste, une partie des bénéfices d’Arkéa lui revient, car ils sont à mettre au compte de la mutualisation, de l’utilisation de la marque Crédit Mutuel.

Des conditions inacceptables

 

La CNCM veut également être la seule à pouvoir utiliser sa marque, et que le logo d’Arkéa, déjà pourtant largement revisité en une sorte de triskel qui évoque son ancrage breton, ne soit plus utilisé au motif qu’il rappellerait celui du Crédit Mutuel.

Enfin, la CNCM souhaite aussi être indemnisée du préjudice financier qu’elle va devoir subir pour maintenir la continuité territoriale, et donc redéployer un réseau dans les régions tenues par les caisses dissidentes, comme la Bretagne, le Massif Central, et le sud-ouest de la France. La CNCM réclame ainsi, selon son communiqué de presse, « l’indemnisation du Crédit Mutuel pour les dommages créés, en particulier la nécessité de redéployer son réseau dans le Sud-Ouest et en Bretagne, rendue nécessaire par l’obligation de continuité territoriale, propre à sa mission de service public et à sa volonté de financement et d’animation au plus près des territoires ».

En somme, tout est fait pour que les conditions du divorce soient inacceptables pour Arkéa, autant que pour intimider les sociétaires et les faire fléchir dans leur volonté d’appuyer le projet de sortie du groupe porté par Arkéa. Le groupement des caisses régionales de l’Ouest a donc pris acte de l’évocation d’une possible sortie, mais a tenu à rappeler que « la CNCM ne dispose pas des prérogatives pour fixer unilatéralement les conditions de cette sortie ». Une façon d’en appeler à l’arbitrage des autorités de contrôle bancaire, voire du gouvernement.

Publié le 20-06-2018 à 08:21:50 par Émilie Huberth

Crédit Mutuel : la Confédération durcit le ton face à Arkéa

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Pour la CNCM, toute désaffiliation implique son agrément. L’organe central du groupe Crédit Mutuel a fait chiffrer par la banque Lazard les conséquences financières d’une éventuelle séparation.

La Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM) – l’organe central du groupe mutualiste – veut pousser Arkéa dans ses retranchements. Arkéa – la caisse fédérale qui regroupe le Crédit Mutuel de Bretagne, du Sud-Ouest et pour l’heure celui du Massif Central –  affiche une volonté sans faille de se séparer du groupe mutualiste, face à un organe central garant de la cohésion de l’ensemble. Réuni mardi, le conseil d’administration de la « Confédé » a indiqué qu’une « éventuelle désaffiliation du Crédit Mutuel Arkéa » devrait « nécessairement » obtenir l’aval de la Confédération.

Argument sonnant et trébuchant

Toute « demande » d’Arkéa de désaffiliation devrait ainsi, pour la CNCM comprendre des mesures « relatives à la protection de la collectivité des sociétaires, clients et salariés […] ». Derrière ces mots – et parmi d’autres exigences – c’est aussi un argument sonnant et trébuchant qu’agite l’organe central dans  ce conflit au coeur du mutualisme français. La CNCM a ainsi mandaté la banque Lazard pour évaluer les conséquences financières d’un éventuel divorce. Pour l’organe central, dans l’hypothèse d’une séparation, une « rétrocession » des « bénéfices de mutualisation » doit être faite au Groupe Crédit Mutuel, « sur la base des 3,5 milliards de réserves accumulées au sein du Crédit Mutuel Arkéa et de ses caisses locales ». L’idée est ici que ces résultats ont été, au moins en partie, atteint par le bénéfice de la marque, ou de la qualité du refinancement.

« Dommages créés »

Deuxième volet de ce calcul – dont la CNCM ne dévoile pas le résultat final – le Crédit Mutuel serait en droit d’obtenir une « indemnisation » pour « les dommages créés ». En particulier, la CNCM explique qu’en vertu de sa mission de service public, elle est soumise à une « obligation de continuité territoriale » qui l’obligerait à redévelopper à partir de zéro un nouveau réseau d’agences dans le Sud-Ouest et en Bretagne, pour remplacer un réseau Arkéa autonome. Le coût d’ouverture d’une caisse locale est ainsi évalué à 4 millions d’euros par Caisse. La question se pose autrement pour le Crédit Mutuel du Massif Central (CMMC), dont la direction a lancé l’an dernier le projet de se séparer d’Arkéa pour s’affilier au CM11 , qui regroupe onze fédérations du Crédit Mutuel. La CNCM a donné mardi son « agrément préalable » à ce « projet de convergence » soulignant que les « décisions définitives » revenaient justement au CMMC.

La CNCM a dans le même temps martelé que « toutes les juridictions ont confirmé » que « l’unité du Groupe Crédit Mutuel » reste « la meilleure solution ». Sans surprise, Arkéa n’a pas eu la même lecture de la séquence, et « prend acte de ce que la CNCM envisage désormais la mise en oeuvre de l’indépendance d’Arkéa ». Surtout, il « rappelle que la CNCM ne dispose pas des prérogatives pour fixer unilatéralement les conditions de cette sortie ». Affirmation à son tour contrée par l’organe central…

Edouard Lederer
 

Le Crédit mutuel fixe un prix dissuasif à une sortie de la Bretagne et du Sud-Ouest

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La guerre fratricide qui mine depuis plus de trois ans le Crédit mutuel prend une nouvelle tournure. Alors que les fédérations de Bretagne et du Sud-Ouest réunies au sein du Crédit mutuel Arkéa veulent rompre avec le reste du groupe pour obtenir leur indépendance, la Confédération nationale du Crédit mutuel (CNCM) avait jusqu’à présent refusé d’envisager cette sortie. Ses prises de positions se limitaient à une défense de l’unité du groupe.

Mais, pour la première fois, le conseil d’administration de la Confédération, qui s’est tenu mardi 19 juin, a évoqué une possible désaffiliation d’Arkéa. Les conditions fixées pour une sortie s’annoncent toutefois dissuasives.

La Confédération estime en premier lieu qu’elle est « la seule, en vertu de la loi, à pouvoir prononcer une telle désaffiliation eu égard aux missions qui lui sont confiées ». Elle ne reconnaît donc pas à Arkéa la possibilité de quitter le groupe unilatéralement.

Conditions très couteusesQuant aux conditions, elles seraient très coûteuses pour la banque implantée dans l’Ouest de la France. La confédération a mandaté la banque Lazard pour évaluer les conséquences financières d’une sortie du groupe. Le chiffre final n’a pas été dévoilé, mais le groupe réclamera dans le cadre d’une désaffiliation une « rétrocession » d’une partie des 3,5 milliards d’euros de réserves accumulées au sein d’Arkéa. Une restitution au titre du « bénéfice de mutualisation » dont a profité la banque régionale en se développant dans le giron de Crédit mutuel.

S’ajoutera à cette somme une demande d’« indemnisation du Crédit mutuel pour les dommages créés, en particulier la nécessité de redéployer son réseau dans le Sud-Ouest et en Bretagne » si Arkéa devient une banque concurrente. Cette nécessité d’ouvrir de nouvelles agences sous la marque « Crédit mutuel »étant, selon la Confédération, « rendue nécessaire par l’obligation de continuité territoriale,…

LE MONDE |

Sécession de « banque Arkéa » : la Confédération rappelle que toute désaffiliation implique son agrément, lui-même dépendant du traitement de toutes les conséquences.

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Crédit Mutuel vs Arkéa : la « guerre civile » bancaire

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Le conflit opposant la banque régionale Crédit Mutuel Arkéa à l’organe central du groupe mutualiste a conduit à une impasse. Le groupe brestois revendique un modèle d’ETI de la banque ancré dans les territoires et plus agile : il est prêt à renoncer à la marque Crédit Mutuel et à se désaffilier de l’ensemble. La perspective d’un divorce à la bretonne inquiète les autorités bancaires et Bercy pour l’instant dans le rôle de spectateurs.

« Quel feuilleton ! C’est « Baron noir » au pays des banques mutualistes ! » se régale un observateur averti du secteur financier. Des menaces de destitution, des procès en tous sens, des accusations de « putsch » et de « OPA hostile », des manœuvres et péripéties quasi quotidiennes : depuis quatre ans, et singulièrement depuis dix-huit mois, c’est l’escalade, verbale et judiciaire, entre Crédit Mutuel Arkéa, banque régionale brestoise, également implantée dans le Sud-Ouest et le Massif central, et la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM), l’organe central du groupe mutualiste. Une guerre intestine, alimentée d’échanges acrimonieux et comminatoires par voie de presse, qui détonne avec l’esprit mutualiste, fondé sur l’entraide et le respect.

Acteur majeur de notre paysage bancaire, le Crédit Mutuel est le numéro quatre français de la banque de détail avec plus de 11 millions de clients particuliers (29 millions en comptant les filiales de services et à l’étranger). Sa marque est la préférée des Français dans l’univers de la banque, selon le baromètre Posternak-Ifop. Mis au défi de renoncer à cette marque ou de rentrer dans le rang, les dirigeants d’Arkéa, qui réclament plus d’autonomie, ont répondu « chiche ! » et organisé un vote « politique » en avril : un plébiscite à 94% en faveur de l’indépendance, auprès de 2.900 administrateurs de caisses locales, eux-mêmes élus par 1,5 million de « sociétaires ». Des clients copropriétaires que l’on a peu entendus jusqu’ici.

Crédit Mutuel : 6 groupes régionaux, 19 fédérations

[Cliquez sur la photo pour l’agrandir]

Dans cette saga à rebondissements, il y a les sécessionnistes de l’Ouest contre les unionistes de l’Est, les rebelles contre les légitimistes, les « agiles » coqueluches des startups contre les « tradi », qui ne plaisantent pas avec la « discipline fédérale » et l’intégrité territoriale. Vu de Relecq-Kerhuon, aux portes de la rade de Brest, où se trouve le siège de Crédit Mutuel Arkéa, c’est l’histoire d’un irréductible bastion de Bretons résistant à la volonté « centralisatrice » d’un acteur dominant, le strasbourgeois CM11-CIC, le plus puissant des groupes régionaux du Crédit Mutuel (à lui seul 80% des bénéfices), dont le président, Nicolas Théry, dirige aussi l’organe central.

Il y a dans cette bataille un peu d’Astérix contre les Romains, de Brexit, de Catalogne et de Bonnets rouges, pimentée d’ingrédients explosifs : des enjeux de développement économique, de concurrence, d’emplois, de forts antagonismes culturels et des ambitions personnelles exacerbées. Sans oublier des pouvoirs publics restés longtemps spectateurs des déchirements très médiatiques des deux camps, menés par deux énarques influents : Jean-Pierre Denis, le président d’Arkéa, ex-proche collaborateur de Jacques Chirac à Paris et à l’Élysée ; Nicolas Théry, président du CM11-CIC et de la CNCM, ami de la directrice générale du Trésor, Odile Renaud-Basso, et familier du gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau – avec lequel il travailla au cabinet de DSK à Bercy -, deux acteurs clés dans ce bras de fer. « C’est le côté Closer de la banque française, ça remet un peu de piquant », sourit une des parties prenantes.

Une banque de taille moyenne «  plus agile »

La tension est montée à son paroxysme mi-mai, lorsque l’assemblée générale du Crédit Mutuel Arkéa a donné aux dirigeants l’autorisation de décréter la « sortie unilatérale » de l’ensemble mutualiste. Arkéa peut-il décider cette « désaffiliation » de son propre chef ? Non, car il lui faut un agrément bancaire pour exercer, et les régulateurs lui intiment de reprendre le dialogue avec l’organe central, afin de régler toutes sortes de conséquences juridiques, financières et de gouvernance à ce divorce inédit.

« Nous sommes entravés dans notre liberté d’agir, ce qui nous oblige à rechercher l’indépendance », justifie Ronan Le Moal, le directeur général d’Arkéa.

Ce projet relève « de l’aventurisme lourd de risques pour les sociétaires et salariés du Crédit Mutuel Arkéa et pour le mutualisme », met en garde la Confédération nationale, dont le rôle est d’assurer « la défense des intérêts collectifs, la protection et la promotion de la marque Crédit Mutuel et la cohérence prudentielle du groupe ».

Banque de taille moyenne à l’échelle européenne, Arkéa argue que ses bons résultats « ne doivent absolument rien au reste du Crédit Mutuel ». Alors que le gouvernement vante les mérites des entreprises de taille intermédiaire (ETI), créatrices d’emploi, Arkéa revendique un modèle d’ETI de la banque, ancré dans ses territoires. La plus grosse de ses fédérations, le Crédit Mutuel de Bretagne, se revendique « bancassureur de plus d’un Breton sur deux ».

Lire aussi : Crédit Mutuel Arkéa défend son modèle d’ETI de la banque

Les milieux économiques bretons, dans lesquels la banque joue un rôle majeur, sont tous derrière Arkéa, tout comme de nombreux élus, de droite et de gauche. Le député LR des Côtes-d’Armor, Marc Le Fur, également vice-président de l’Assemblée nationale, défend « ce groupe singulier dans le paysage bancaire, c’est le seul de sa taille où les décisions ne sont pas prises à Paris. »

« En tant qu’élu breton, je suis attaché à ce que l’on garde un centre de décision bancaire dans la région. Nous en avons déjà perdu, avec la Banque de Bretagne par exemple », qui a été rachetée en 1989 par BNP Paribas.

Un collectif de salariés pro-indépendance va jusqu’à parler de « lutte contre son annexion par un groupe bancaire international » et invoque une menace pesant sur plusieurs milliers d’emplois, « 4.500 directs et indirects » pour un groupe employant près de 10.000 personnes, « en cas de centralisation, par doublons, optimisations, synergies ».

Dans le contexte de transformation numérique qui bouscule le secteur, confronté à de nouvelles concurrences, venues des startups de la finance, les Fintech, ou des géants du Web (Amazon, Google, etc.), Arkéa estime que sa taille intermédiaire lui confère « des qualités de souplesse, d’agilité, de vitesse de transformation, peut-être aussi de proximité avec le marché ». Cette taille serait un atout pour mieux s’adapter et se transformer, par rapport aux « gros ensembles centralisés, très chargés en agences physiques ». Contrainte par le principe de territorialité, qui l’empêche d’aller se développer en dehors de son périmètre sur les terres d’autres fédérations du Crédit Mutuel, Arkéa a investi très tôt dans le digital et dans les Fintech, ce qui lui a permis de se bâtir la réputation d’une banque innovante et en avance dans sa transformation : le groupe a d’ailleurs reçu le soutien de grandes figures del’écosystème numérique français, la French Tech.

Une banque « solide » selon Moody’s

À l’heure des fusions et rapprochements des établissements bancaires, sous le poids des contraintes prudentielles et d’un contexte de taux d’intérêt bas incitant à la mutualisation des investissements, Arkéa refuse cette centralisation poussée par la réglementation européenne. Peut-elle continuer à prospérer en solo ? Avec ses 4,6 millions de clients, « Arkéa n’est pas une petite banque, nous sommes au sixième rang en France et l’équivalent de la sixième banque britannique ou espagnole », martèle le groupe. En Europe, où l’on compte environ 3.000 banques, dont plus d’une centaine suivie par la BCE, son total de bilan de 128 milliards d’euros la classe dans les 50 premières banques.

« La viabilité du Crédit Mutuel Arkéa dans un scénario de séparation demeure encore à vérifier », avait estimé en janvier l’ancien gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer.

Ce qui fait bondir à Brest, où l’on s’insurge :

« Qui aurait le culot de dire qu’Arkéa ne peut pas tenir debout tout seul ? »

L’an dernier, le groupe a dégagé 428 millions d’euros de bénéfice net pour un produit net bancaire de 2 milliards d’euros. C’est six fois moins que son rival de l’Est, CM11-CIC. « Arkéa est la banque la plus capitalisée de France », se targue le groupe breton, qui affiche un ratio de fonds propres CET1 (Core Equity Tier 1) de 18,5%, « parmi les meilleurs d’Europe », et supérieurs aux grandes banques françaises cotées en Bourse.

« Arkéa est une banque solide. Elle présente une très bonne liquidité et elle est assez peu dépendante des marchés financiers », confirme Yasuko Nakamura, analyste senior à l’agence de notation de crédit Moody’s.

« Sa solvabilité est solide. Sa notation intrinsèque est donc très bonne à Baa1, au même niveau que Groupe Crédit Agricole ou BNP Paribas, un cran de plus que Société Générale, et un cran de moins que Groupe Crédit Mutuel, qui a la meilleure notation intrinsèque parmi les grandes banques françaises », précise-t-elle.

En ajoutant :

« Arkéa est une banque de taille moyenne, qui croît et se diversifie, dont les résultats sont tirés par l’assurance, et qui fonctionne déjà de manière très autonome. »

En effet, le groupe breton possède sa propre informatique et sa centrale de refinancement. Il conçoit en interne ses produits de banque et d’assurance, a ses propres filiales de crédit à la consommation, de banque privée, sa salle de marchés, sa banque en ligne (Fortuneo) : toutes des concurrentes d’autres filiales du Crédit Mutuel.

Perte de la marque, le vrai prix du divorce

Une sortie du giron du Crédit Mutuel aurait des conséquences financières, en particulier elle augmenterait son coût de refinancement : les agences Standard & Poor’s et Moody’s ont prévenu que la perte d’accès au mécanisme de solidarité existant entre les membres du groupe mutualiste devrait lui faire perdre plusieurs crans de notation.

« Sa note à long terme est Aa3. Si elle était dégradée, de deux ou même trois crans suite à la séparation, la note long terme demeurerait dans la catégorie simple A, ce qui n’est pas une note faible », relève encore Yasuko Nakamura.

Arkéa estime avoir la capacité d’absorber ce surcoût, qui représenterait environ 1% de son résultat net annuel. Si la note de l’ensemble Crédit Mutuel ne serait a priori pas affectée par un départ d’Arkéa, il y a un enjeu symbolique pour le groupe mutualiste français, qui perdrait trois ou quatre rangs dans le classement des banques européennes par total de bilan, où elle pointe actuellement à la quatorzième place, devant la suisse UBS et l’espagnole BBVA. Son produit net bancaire serait aussi dégonflé des 2 milliards d’Arkéa.

Le vrai coût du divorce sera la perte de la marque, un prix qu’Arkéa s’est résolu à payer. Le groupe breton avait pris des libertés avec le logo du Crédit Mutuel, transformant les trois ronds en un triskèle celtique stylisé : la Confédération nationale l’avait attaqué pour contrefaçon. Arkéa avait aussi tenté d’ouvrir des agences à Paris, sur les terres du Crédit Mutuel d’Île-de-France (fédération faisant partie de CM11-CIC). La séparation lui permettrait de s’affranchir de ce carcan territorial, en inventant « un modèle de banque différente, en combinant une offre physique et digitale », imagine-t-on déjà à Brest.

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[Les deux logos]

La Confédération prévient que d’autres fédérations pourraient venir la concurrencer sur ses terres, une menace peu prise au sérieux en raison du sentiment d’appartenance breton très fort. Arkéa lui-même n’est cependant pas à l’abri de forces sécessionnistes : la petite fédération du Massif central a décidé de rejoindre le groupe CM11-CIC. Le futur groupe s’appellera Arkéa, mais il prévoit d’adopter « une nouvelle marque qui résonnera banque coopérative et territoriale » pour ses fédérations de Bretagne et de Nouvelle-Aquitaine. Du moins, si les discussions avec les régulateurs aboutissent. Le gouvernement ne veut pas changer la loi au motif qu’il y aurait un risque de contagion. Cette posture à la Ponce Pilate a plutôt exacerbé ce conflit qui ne prend pas la voie du divorce par consentement mutuel. Arkéa affirme qu’il sera mutualiste. Dans l’esprit et la gouvernance, si ce n’est par les statuts.

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ENCADRÉ 1/2

Un duel entre énarques

Le conflit entre le Crédit Mutuel et Arkéa, c’est aussi la confrontation de deux hommes, énarques, venus sur le tard à la finance. Deux premiers de la classe déterminés, dont les divergences transparaissent jusque dans leur style et leur parcours.

JEAN-PIERRE DENIS | Président du groupe Crédit Mutuel Arkéa et président du Crédit Mutuel de Bretagne

  • Né en 1960 dans le Finistère. Marié, père de 4 enfants.
  • Diplômé de HEC et ancien élève de l’ENA, promotion Montaigne (celle de Nicolas Dufourcq, Alexandre de Juniac et Denis Olivennes), maîtrises en droit et en sciences économiques.
  • Inspecteur des finances.
  • Directeur adjoint du cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris, de 1992 à 1995.
  • Secrétaire général adjoint de l’Élysée sous Jacques Chirac, de 1995 à 1998.
  • À la Compagnie Générale des Eaux (qui deviendra Vivendi), il devient Pdg de Dalkia de 1999 à 2003.
  • Président de l’Anvar, puis d’Oséo.
  • Rejoint le Crédit Mutuel Arkéa (2007), dont il devient président du directoire en 2008.
  • Trésorier de la Ligue de football professionnel (2005-2016), dont il fut président par intérim en 2016.
  • Administrateur de Kering et de Nexity.
  • Rémunération annuelle totale : 1,5 million d’euros.

NICOLAS THÉRY | Président de la Confédération nationale du Crédit Mutuel et président du groupe Crédit Mutuel CM11-CIC

  • Né en 1965 dans le Nord. Vit maritalement, père de 3 enfants.
  • Diplômé de Sciences Po Paris (mention « lauréat ») et ancien élève de l’ENA, dont il sort major de sa promotion Liberté-Égalité-Fraternité (celle de Jean-François Copé, Nicolas Dupont-Aignan et Pierre Louette).
  • Inspecteur des finances.
  • Conseiller au cabinet de Dominique Strauss-Kahn à Bercy, de 1997 à 1999.
  • Rejoint Nicole Notat à la CFDT comme secrétaire confédéral chargé des affaires économiques (2000-2002).
  • À la Commission européenne, d’abord directeur de cabinet de Pascal Lamy (commissaire au Commerce), puis conseiller principal à la Direction générale des entreprises et directeur à la Direction générale de l’environnement, de 2002 à 2008.
  • Rejoint le Crédit Mutuel aux Assurances du Crédit Mutuel (ACM), en 2009.
  • Remplace Michel Lucas à la présidence de la Fédération Centre Est Europe (FedCEE) et de la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM), en 2014.
  • Rémunération annuelle totale : 750.000 euros.

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ENCADRÉ 2/2

Les chiffres clés du Crédit Mutuel Arkéa

2002 : date de création
4,5 millions de clients
1,5 million de sociétaires copropriétaires du groupe
128 milliards d’euros de total de bilan
9.900 salariés
2,09 milliards d’euros de produit net bancaire
428 millions d’euros de bénéfice net

Arkea. La banque veut rester dans un schéma coopératif

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Lors d’une soirée organisée par Paris Breizh Media, Jean-Pierre Denis a démenti vouloir, à terme, ouvrir le capital de la banque.

« On sait ce que donne la centralisation. » Et ça, le président d’Arkea n’en veut pas. Le dernier mot doit rester à Brest. Lors d’un débat organisé par l’association Paris Breizh Media, Jean-Pierre Denis a de nouveau plaidé en faveur du divorce avec le Crédit Mutuel auquel les 331 caisses de Bretagne, du Massif central et du Sud-Ouest appartiennent aujourd’hui. Une volonté de prendre le large conditionnée au feu vert des autorités bancaires européennes et à la résolution de multiples recours devant les tribunaux.

Un shéma coopératif

Cette nouvelle banque devrait s’inscrire dans un schéma coopératif avec une organisation en caisse locales elles-mêmes détenues par les coopérateurs. « Pas question d’ouvrir le capital. Et le projet de cotation évoqué par certains est absurde. Nous croyons à un modèle de taille intermédiaire », insiste-t-il.Il n’en dira pas plus. Le contenu détaillé étant réservé aux autorités de tutelle. Rien non plus sur le calendrier.

« Préserver l’entreprise »

« L’aventure, ce serait l’intégration. Nous agissons ainsi pour préserver la substance de l’entreprise », insiste Jean-Pierre Denis qui dénonce le cadre réglementaire mis en place depuis 2013 par les autorités de régulation bancaires européennes. Pour le président d’Arkea, les organes centraux du Crédit Mutuel sont ainsi renforcés. « Je ne veux pas rendre de comptes à un organe central dirigé par des concurrents », a-t-il rappelé. Reste maintenant à démêler un écheveau compliqué sur le plan financier et administratif.

Ouest-France.

Crédit Mutuel : Arkéa choisit le rugby pour renforcer sa marque

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En devenant, pour 5 ans, sponsor maillot de l’Union Bordeaux Bègles, équipe de rugby du Top 14, le groupe Arkéa compte faire connaître son nom dans le Sud-Ouest, sur fond de divorce avec la Confédération du Crédit Mutuel.

La nouvelle a été officialisée jeudi 7 juin : Arkéa devient, pour 5 ans, un partenaire majeur de l’Union Bègles Bordeaux. Dès la saison prochaine, la marque prendra place au centre du maillot que les joueurs de l’UBB porteront sur les terrains du Top 14, l’élite du rugby professionnel français.

Un coup d’éclat, qui va lui permettre « de renforcer sa présence en Nouvelle Aquitaine, une région dans laquelle il est déjà bien implanté depuis longtemps auprès des particuliers, des entreprises et des acteurs du développement régional », a expliqué son président, Jean-Pierre Denis, cité dans un communiqué. Arkéa est en effet présent dans la région par l’intermédiaire du Crédit Mutuel du Sud-Ouest, un de ses réseaux de banque de détail, qui y compte environ 400 000 sociétaires et clients.

Le rugby après le foot et le vélo

Ce n’est pas la première fois que le groupe bancaire basé à Brest investit dans le sponsoring sportif. Son réseau bancaire breton, le Crédit Mutuel de Bretagne, est très présent dans le football professionnel, en tant que partenaire des clubs phares de la région, Rennes, Guingamp, Lorient et Brest. Sa banque en ligne est, elle, sponsor principal d’une équipe cycliste professionnelle, Fortuneo-Samsic, qui compte notamment dans ses rangs Warren Barguil, meilleur grimpeur du dernier Tour de France.

Cette fois, toutefois, le groupe a choisi de mettre en avant, non pas ses marques commerciales connues du grand public, mais le nom du groupe, Arkéa. Faisant du même coup l’impasse sur le Crédit Mutuel, pourtant la marque bancaire préférée des Français. Ce sera encore le cas, prochainement, dans la voile, puisqu’Arkéa a en projet d’armer, sous son nom, un bateau pour le Vendée Glode 2020.

L’adieu probable au Crédit Mutuel

Un choix qu’il est difficile de ne pas mettre en relation avec la volonté d’Arkéa de couper les ponts avec la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM) et la puissante fédération de l’est, le groupe CM11. Des velléités d’indépendance qui, si elles aboutissent, auront en effet pour conséquence probable de faire perdre à Arkéa le droit d’utiliser la marque « Crédit Mutuel ».
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