Crédit Mutuel Nord Europe : une amende ACPR de 1,5 million d’euros

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La caisse fédérale du Crédit Mutuel Nord Europe a été sanctionnée par le régulateur banque-assurance, l’ACPR, suite à des manquements dans ses procédures de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme.

Comme tous les établissements bancaires, le Crédit Mutuel Nord Europe (CMNE), dont le territoire s’étend sur sept départements du Nord ainsi qu’en Belgique et au Luxembourg, a des obligations en matière de prévention du blanchiment et du financement du terrorisme. Des obligations qui passent notamment par des communications avec les services de Tracfin, cellule spécialisée de Bercy.

L’ACPR a publié hier une décision de sa commission des sanctions concernant la caisse fédérale de CMNE, suite à une mission de contrôle effectuée en 2015 et à une procédure disciplinaire ouverte en mai 2017. Cette procédure se solde donc par un blâme et une amende de 1,5 million d’euros. En cause : divers manquements de CMNE dans la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme.

Parmi la dizaine de griefs, la décision égraine un dispositif de suivi « imparfaitement paramétré », des « carences » dans le « dispositif de contrôle de second niveau », des « signalements ponctuels » peu ou mal pris en charge dans les caisses locales, une « insuffisance de moyens humains » au service chargé de communiquer avec Tracfin, mais aussi des retards dans les envois à Tracfin et des « manquements aux obligations de connaissance de la clientèle ».
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Conflit Arkéa / Confédération Nationale du Crédit Mutuel : un pas en avant… un pas en arrière…

La confédération nationale a fait un pas en direction des fédérations, aujourd’hui avec une modification des statuts et des garanties sur l’emploi. Mais dans le même temps, Arkéa regrette de nouvelles mesures disciplinaires. Les protagonistes continuent de se rendre coup pour coup.

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Depuis plusieurs mois, les partisans de la scission déploient entre autres l’argument de la recentralisation et des emplois et des centres de décision. La plus grandes des fédérations du Crédit Mutuel, le CM11-CIC menacerait de nombreux emplois en Bretagne par ses velléités centralisatrices. La Confédération a toujours réfuté cela, mais aujourd’hui, elle va un peu plus loin.

Une phrase pour renforcer l’autonomie des fédérations en terme d’emploi

Dans un communiqué, la CNCM explique avoir modifié ses statuts pour y inclure ce qui devrait être une garantie, appréciée comme cela par toutes les parties : « La confédération […] a pour objet de […] garantir la cohésion du réseau[…] notamment en termes de centres de décision locaux et régionaux et d’emploi ».

L'article 7 des nouveaux statuts de la CNCM - Radio France
L’article 7 des nouveaux statuts de la CNCM © Radio France – Benjamin Bourgine

On pourrait voir en cela une avancée et un acte de pacification pour rassurer les salariés inquiets. Pour autant le groupe bancaire breton déplore un autre point : dans un communiqué, Arkéa regrette de nouvelles mesures disciplinaires bientôt mises en œuvre et dont les dirigeants du Crédit Mutuel Arkéapourraient faire les frais s’ils continuent dans leur volonté d’indépendance. « La Confédération tente d’entraver la mise en œuvre du processus d’indépendance en s’octroyant des pouvoirs de sanctions exorbitants » écrit le groupe Arkéa dans une réponse où, on le voit bien, chaque camp regarde la partie du texte qui l’intéresse.

Guérilla juridique

Pour avoir tenté d’organiser la scission, pour avoir fait voter les caisses locales, Jean-Pierre Denis et Ronan Le Moal seront-ils sanctionnés, voir évincés grâce à ces nouveaux statuts ? Cela semble peu probable tellement la guérilla juridique est acharnée entre les différents protagonistes.

Le récent vote POUR l’indépendance à 94,5% de 307 caisses locales sur 331 renforce évidemment les dirigeants dans leur projet. Néanmoins, ce projet reste encore à définir. Dans quel cadre, avec quel statut juridique un futur groupe Arkéa indépendant pourrait exister ? La feuille est toujours blanche, même si Jean-Pierre Denis assure travailler sur cette forme juridique pour conserver un groupe bancaire coopératif et mutualiste.

Réunion convoquée… la veille de la manif parisienne

La Confédération nationale du crédit mutuel a convoqué une réunion pour achever la modification de ses règles. Le 16 mai prochain, à Paris. Est-ce une coïncidence ? Un acte de malice ou de provocation ? La manifestation du collectif pour l’indépendance d’Arkéa -reportée en avril- devait avoir lieu justement le lendemain, le 17 mai… à Paris également.

Communiqué de presse de la Confédération Nationale du Crédit Mutuel

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Crédit Mutuel : la Confédération sort l’arme atomique contre Arkéa

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L’organe central du groupe bancaire mutualiste a adopté de nouveaux statuts renforçant sa capacité de retirer l’agrément de dirigeants de fédérations : en ligne de mire, les dirigeants du Crédit Mutuel Arkéa qui veulent prendre leur indépendance.

C’est un petit communiqué à l’air anodin, adressé un vendredi après-midi, intitulé « La Confédération nationale du Crédit Mutuel renforce dans ses statuts une pratique mutualiste centenaire : la subsidiarité. » Une page est consacrée à l’ajout d’un article consacrant les « principes de subsidiarité, de territorialité et de solidarité » et la défense de « l’organisation décentralisée du Crédit Mutuel, au plus près de ses sociétaires et des clients, notamment en termes de centres de décisions locaux et régionaux et d’emploi. »

L’organe central du groupe bancaire mutualiste ne cache pas qu’il s’agit de répondre aux « accusations régulières des dirigeants du Crédit Mutuel Arkéa d’une volonté de centralisation de la Confédération ». Une branche d’olivier tendue en somme ? Pas vraiment.

Un paragraphe au verso du communiqué évoque brièvement un autre changement des statuts concernant « les modalités pratiques de mise en œuvre des sanctions » : le Conseil d’Etat, saisi par Arkéa, avait en effet sanctionné des articles et critiqué le non-respect du principe d’impartialité dans la procédure de sanction prévue dans les statuts. La Confédération ne détaille pas la modification entérinée en conseil d’administration de ce vendredi. Pourtant, l’article 33 vaut le détour :

« Le conseil d’administration, peut, à titre de mesure de régulation, retirer sa confiance à un président de fédération ou à un président de caisse fédérale de Crédit Mutuel ou de CMAR [agricole ou rural, ndlr]. Il peut également retirer l’agrément des directeurs généraux des fédérations, des dirigeants effectifs des caisses fédérales et des responsables des services de contrôle périodique et de la fonction risques. »

Si une « procédure contradictoire préalable » est prévue, la décision du conseil de la Confédération a des conséquences immédiates et lourdes :

« Le retrait d’agrément entraîne la démission d’office de l’intéressé des fonctions pour lesquelles il a été agréé. »

C’est l’arme de dissuasion massive braquée sur les dirigeants d’Arkéa.

« Passage en force »

La Confédération assure qu’il s’agit simplement de séparer strictement les autorités d’instruction et de sanction, comme l’a exigé le Conseil d’Etat. Une source proche de la Confédération assure que cette modification ne relance « pas du tout » la procédure de sanction engagée contre les dirigeants d’Arkéa, suspendue par le Conseil d’Etat, et  « arrêtée

Le groupe breton, en plein processus de sortie du groupe Crédit Mutuel, a réagi vivement dans un communiqué, dénonçant des « pouvoirs de sanction exorbitants » :

« La Confédération nationale du Crédit Mutuel tente un passage en force pour entraver le processus d’indépendance d’Arkéa » accuse la direction du groupe sécessionniste.

Mercredi dernier, Arkéa a annoncé que 290 caisses locales de Bretagne, du Sud-Ouest et du Massif central se sont prononcées en faveur de l’indépendance.

« En dehors de toute procédure de sanction et de façon purement discrétionnaire, la CNCM pourrait priver le groupe Arkéa notamment de son président et de ses dirigeants » analyse le groupe dirigé par Jean-Pierre Denis.

L’article en question doit être approuvé dans le cadre d’une assemblée extraordinaire de la Confédération qui se tiendra le 16 mai prochain. La veille de la manifestation organisée à Paris par un collectif de salariés d’Arkéa en soutien au projet d’indépendance.

« Cette décision […] est en contradiction totale avec les principes coopératifs et la prétendue volonté de la CNCM de trouver une issue apaisée et partagée à la situation actuelle » critique le groupe breton.

Les pouvoirs publics laisseront-ils faire une éventuelle destitution des dirigeants d’Arkéa dans un tel contexte ? Ils ne pourront rester impassibles en balayant le sujet comme un simple « différend interne

Delphine Cuny

@DelphineCuny

La tribune

Sécession d’Arkéa : Le Crédit Mutuel renforce l’autonomie de ses fédérations

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Le Crédit Mutuel a annoncé vendredi une modification de ses statuts pour renforcer l’autonomie de ses fédérations, notamment en matière d’emploi, en réponse aux critiques de centralisation formulées par Arkéa, l’une de ses composantes en pleine tentative de sécession.

La Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM), l’organe central du groupe, « inscrit explicitement dans ses statuts (…) le respect strict du principe de subsidiarité », qui prévoit que les « centres de décision soient au plus près des territoires et des sociétaires et que ces derniers décident en toute autonomie de leurs choix stratégiques, notamment concernant l’emploi », écrit la banque dans un communiqué.

Cette initiative fait suite aux « accusations régulières des dirigeants du Crédit Mutuel Arkéa d’une volonté de centralisation de la Confédération nationale du Crédit Mutuel menaçant les emplois en région », précise le groupe, expliquant aussi répondre aux souhaits de plusieurs syndicats et de Catherine Barbaroux, administratrice indépendante.

Révision de la procédure interne de sanctions

La CNCM a par ailleurs révisé sa procédure interne de sanctions, après une décision de justice début mars censurant les modalités de cette procédure, ce qui avait stoppé un train de sanctions engagées contre plusieurs dirigeants d’Arkéa. Était notamment reproché le fait que le président de la CNCM et son directeur général disposent du pouvoir d’ouvrir une procédure de sanction tout en étant membre de l’organe chargé de délibérer sur les sanctions.

Ces modifications, qui doivent être entérinées le 16 mai lors d’une assemblée générale extraordinaire, interviennent dans un contexte de guerre interne au sein du groupe bancaire. Arkéa, sa composante qui regroupe les fédérations de Bretagne, Sud-Ouest et Massif Central, a engagé début janvier une procédure de divorce avec l’ensemble mutualiste, après plusieurs années de différends judiciaires devant les tribunaux. Cette entité accuse notamment la Confédération de vouloir porter atteinte à son autonomie et de favoriser le CM11, la composante dominante qui regroupe 11 des 18 fédérations du groupe.

Arkéa dénonce un nouve article

Vendredi, Arkéa a d’ailleurs immédiatement réagi, qualifiant de « cosmétiques » les modifications mises en avant par la CNCM, et dénonçant un nouvel article dans les statuts permettant à l’organe central de procéder à « un retrait de confiance ou d’agrément » de certains dirigeants à « titre de mesure de régulation ».

« En dehors de toute procédure de sanction et de façon purement discrétionnaire, la CNCM pourrait priver le groupe Arkéa notamment de son président et de ses dirigeants », juge Arkéa, accusant la Confédération de vouloir « par tous les moyens » prendre son contrôle.
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Banking as an experience : l’audacieux pari d’Arkéa

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Le différend entre Arkéa et le CM11-CIC repose avant tout sur la volonté d’Arkéa de conserver les particularités héritées de son ancrage territorial et de son histoire.

À l’heure de la transformation numérique, pareil enjeu peut faire figure d’anachronisme. Arkéa se positionne cependant comme la banque la plus avancée en termes de soutien à l’innovation, réalisant 28% des investissementsfrançais dans les fintech made in France en 2017. Éclairages sur le modèle tout en contraste d’un groupe bancassurance pas comme les autres.

Ancrage territorial et ambitions nationales

Trois traits saillants caractérisent Arkéa : un ancrage territorial fort en Bretagne, dans le Sud-Ouest et le Massif Central, un fonctionnement agile et décentralisé rendu nécessaire par cet éclatement géographique, et une appétence numérique liée à la forte culture ingénieure de la banque.

Ce cocktail improbable s’explique par l’histoire du groupe, et en particulier par les contraintes qui pesaient sur lui. Dans les années 1990, ce qui deviendra Arkéa était un acteur bancaire mineur, cantonné dans ses régions, sans capacité de développement au niveau national. Les groupes bancaires nationaux, dont la taille critique permettait la digitalisation précoce du back-office, bénéficiaient alors d’un avantage compétitif. Ces early adopters ont assimilé le numérique comme un outil d’optimisation plutôt qu’une opportunité de reconfiguration des usages.

La modernisation du back-office ne fut pas pour Arkéa synonyme d’uniformisation entre branche régionale – interdite faute de taille critique, mais de mise en réseau et de gouvernance agile des SI. Outsider, Arkéa s’est appuyée sur le levier numérique pour s’émanciper des barrières géographiques et étendre ses offres au niveau national : le rachat de Fortuneo en 2006 fit du groupe un précurseur en matière de banque en ligne. Cette expérience lui permit également d’assimiler l’idée que le canal numérique constituait le levier de la recomposition de la chaîne de valeur bancaire à partir des usages. Là où marketers et informaticiens des majors échouaient, des acteurs émergents comme Fortuneo étaient parvenus à designer et à capter ces nouveaux usages : la première vague de fintech était née.

 

Atouts de la décentralisation à l’ère du numérique

 

Chemin faisant, il est apparu que l’ancrage territorial et le fonctionnement en réseau d’Arkéa constituaient deux atouts décisifs dans sa stratégie de captation des nouveaux acteurs et d’accompagnement vers le marché de leurs produits.

L’ancrage permet de repérer en amont les start-up à fort potentiel, d’assurer leur accompagnement et enfin de collaborer avec elles (prise de participations, partenariats…) avant que leurs valorisations ne s’envolent. La décentralisation autorise une chaîne décisionnelle courte, impliquant une réactivité des décisions d’investissement et une proximité avec les usagers finaux. L’agilité résiduelle du groupe, liée à sa déconcentration et à ses structures de petites tailles, permet d’intégrer les innovations et les nouveaux usages perçus par les start-up dans la chaîne de valeur sans efforts.

Arkéa est donc taillé pour adopter une approche user centric. Il cherche pour les start-up raccordées à son écosystème des complémentarités avec ses offres propres et des synergies business, tout en leur garantissant un fonctionnement qui ne bride par leur potentiel. Les majors bancaires, rendues apathiques par leur structure organisationnelle complexe et notamment par leur architecture SI, se sont contentées d’absorber les nouveaux entrants, bridant ainsi leur capacité d’innovation.

Un mode de fonctionnement décentralisé et autonome permet à Arkéa de se comporter elle-même comme une start-up, et de cultiver l’innovation interne. Cette gestion ne se traduit pas pour autant par des prises de risques excessifs : avec un common equity tier 1 de 18,5% en 2017, le groupe présente un taux de fonds propres très supérieur à la moyenne des banques françaises, plutôt située autour des 10%.

Priorité à l’usage et à l’utilisateur : banking as an experience

Le groupe présente une stratégie de rapprochement avec les pépites financières de la French Tech dont la cohérence ne se donne pas d’emblée : Leetchi (cagnotte collaborative), Pumpkin (application de paiement entre particulier), Linxo (solution de gestion de budget), Yomoni (robo-advisor spécialisé dans la gestion de l’épargne), Fluo (recherche les contrats d’assurance d’une personne et analyse son niveau de couverture) Grisbee (gestion de patrimoine) bénéficient ainsi de l’accompagnement d’Arkéa. Le groupe satellise les compétences plutôt qu’il ne les agrège.

 

Finalité de ces collaborations : replacer l’utilisateur au centre de ses offres par la constitution d’un éventail de nouveaux usages front office. Le parcours du client est sous-optimisé par les banques traditionnelles qui restent focalisées sur le produit et non sur le client. L’approche d’Arkéa implique a contrario que lesproduits bancaires et assurantiels ne soient pas des fins en soi, mais des vecteurs. Les meilleurs designs de produits et les usages les plus innovants permettront de capter la clientèle en lui proposant une expérience à travers des produits bancaires ou assurantiels. Une fois cet éventail de fintech suffisamment mature, Arkéa pourra trouver des relais de croissance à l’international par voies numériques, sans trahir son ancrage territorial.

 

La volonté affichée par le CM11-CIC d’unifier les process (back office, relation client, produits, décisions d’investissement…) à l’échelle du groupe Crédit Mutuel impliquerait certainement pour Arkéa une rupture d’identité, mais aussi – c’est là que le bât blesse, la perte des caractéristiques qui font sa force et sonnerait le glas de cette ambitieuse stratégie.

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Question au Gouvernement sur la situation du Crédit Mutuel Arkéa

PAR · 18 AVRIL 2018

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Le 17 avril j’ai posé une question orale sans débat au Gouvernement concernant la situation du Crédit Mutuel Arkéa, banque d’un breton sur deux, et qui est depuis quelques années en recherche d’une solution pour maintenir son autonomie de décisions et son pouvoir d’actions sur le territoire breton. Ci-dessous, le compte-rendu écrit de ma question et de la réponse du Gouvernement.

M. Paul Molac. Monsieur le secrétaire d’État auprès du ministre de l’action et des comptes publics, je souhaite vous interroger sur le conflit opposant le Crédit mutuel Arkéa au Crédit mutuel 11-CIC.

Ce conflit s’est aggravé, menant le premier à lancer auprès de ses caisses locales une consultation sur le principe d’une indépendance face à la volonté centralisatrice de la branche majoritaire de la Confédération nationale du Crédit Mutuel.

Regroupant les fédérations de Bretagne, du Sud-ouest et du Massif central, le groupe Arkéa, dans une logique de long terme, investit pleinement dans l’économie régionale. Avec 10 000 emplois basés en région et une prise de décision locale – le siège étant situé au Relecq-Kerhuon, près de Brest, dans le Finistère –, Arkéa s’est hissé, au niveau national, au septième rang en matière de produit net bancaire. Arkéa dispose en outre, au sein de la place bancaire française, d’une solidité financière du plus haut niveau ainsi que d’une capacité d’autofinancement évaluée à 93 %. Par ailleurs, elle se situe, au niveau européen, dans le premier quart des 120 banques supervisées par la Banque centrale européenne. Elle affiche en outre, au niveau régional, le premier résultat privé de Bretagne en 2018.

Les résultats du groupe Arkéa prouvent qu’il est possible de réussir en se focalisant sur l’économie réelle, ce qui est contradiction avec le modèle visé par le Crédit mutuel 11-CIC : celui de banque universelle présente sur tous les continents et dans tous les métiers, y compris la banque de financement et d’investissement.

La centralisation, ou plutôt la rationalisation initiée par le Conseil national du crédit mutuel depuis l’automne 2015, fait craindre une disparition en région des services centraux, filiales, caisses, agences et centres d’affaires. Le risque sur l’emploi d’une telle évolution est estimé au minimum à 4 500 emplois, directs et indirects.

En parfaite conformité avec ses statuts et dans l’esprit d’une gouvernance coopérative et mutualiste, Arkéa a lancé un processus de consultation de ses caisses locales sur l’indépendance du groupe. Les résultats définitifs ne seront officialisés qu’à partir de demain. Tous les éléments disponibles à ce stade indiquent toutefois que le vote sera un véritable plébiscite en faveur de l’indépendance du groupe Arkéa et de ses caisses locales.

Comment le Gouvernement compte-t-il reconnaître le résultat de cette consultation et la volonté politique qui aura été ainsi clairement exprimée par les caisses locales du groupe Arkéa ? De même, comment compte-t-il assurer le maintien d’Arkéa en tant que banque coopérative et mutualiste ?

M. le président. Permettez-moi, mon cher collègue, de m’associer à cette question. Peut-être que d’autres, dans cette enceinte, le feront également.

La parole est à M. le secrétaire d’État auprès du ministre de l’action et des comptes publics.

M. Olivier Dussopt, secrétaire d’État auprès du ministre de l’action et des comptes publics. Monsieur le député, je voudrais tout d’abord rappeler à la représentation nationale que les pouvoirs publics ont toujours cherché à favoriser une sortie par le haut de la situation actuelle du Crédit Mutuel, c’est-à-dire une solution qui ne fragilise ni le groupe ni le secteur mutualiste dans son ensemble, et qui respecte les identités de chacun des sous-groupes.

C’était l’objectif de la mission de médiation confiée à Christian Noyer par la directrice générale du Trésor et le gouverneur de la Banque de France. Le Gouvernement partage les conclusions de cette mission, tant en ce qui concerne le caractère préférable du maintien de l’unité qu’en ce qui concerne les voies éventuelles d’une séparation, si celle-ci devait s’avérer inévitable.

En tout état de cause, alors que les dirigeants de Crédit mutuel Arkéa ont lancé fin mars une consultation des conseils d’administration de leurs caisses locales afin d’obtenir un vote d’orientation sur le principe d’une séparation avec le reste du groupe Crédit mutuel, le Gouvernement souhaite être ferme sur deux points.

En premier lieu, ce différend, de nature interne au groupe Crédit mutuel, relève de ses différentes composantes. Les perspectives de séparation que Crédit mutuel Arkéa pourrait présenter ne peuvent reposer sur l’hypothèse d’une modification du cadre législatif des banques mutualistes. Le Gouvernement exclut en effet de modifier celui-ci. Non seulement une telle modification reviendrait pour le Gouvernement à prendre parti dans un conflit interne à un groupe, mais, surtout, elle serait susceptible, dans l’esprit notamment du régulateur européen, d’aboutir à une fragilisation du modèle mutualiste dans son ensemble. Il en résulte qu’après une éventuelle décision de séparation d’avec le groupe Crédit mutuel, Crédit mutuel Arkéa perdrait son statut d’établissement bancaire mutualiste et ne pourrait pas solliciter un nouvel agrément de même nature.

Le Gouvernement est également ferme sur un autre point : le nouvel établissement à constituer pourrait choisir, sous certaines conditions, de rester dans le secteur coopératif, avec les caractéristiques qui s’y attachent en termes de gouvernance et d’appartenance au monde de l’économie sociale et solidaire.

Il est primordial qu’un éventuel vote sur la séparation soit précédé d’une information complète et précise des sociétaires sur le scénario de séparation envisagé, comme sur ses implications juridiques, prudentielles, financières et commerciales. Il en va de la sincérité et de la crédibilité de la consultation des sociétaires sur un choix stratégique dont les conséquences – en termes de risques, de structure, de stratégie, voire même de viabilité de l’ensemble Crédit mutuel Arkéa – sont potentiellement très importantes pour les sociétaires, les salariés et les clients, si la voie de la séparation devait finir par s’imposer.

Le Gouvernement n’a pas connaissance à ce jour d’un tel scénario, qu’il appartient aux dirigeants de Crédit mutuel Arkéa de définir. Comme la presse s’en est fait l’écho, les autorités de supervision française et européenne, qui ont pourtant pris connaissance du dossier soumis aux sociétaires à l’occasion de la consultation sur laquelle vous m’interrogez, n’en ont pas non plus connaissance. Elles n’ont donc pu, a fortiori, se prononcer sur les risques qui résulteraient de la sécession d’Arkéa, et ne pourront le faire que lorsqu’un tel scénario leur aura été formellement présenté. En tout cas, ces autorités seront appelées à se prononcer sur ce dossier, dans la mesure où ce sont elles qui, si la séparation devait se concrétiser, donneront ou non l’agrément à la nouvelle entité.

En résumé, les pouvoirs publics souhaitent avant tout que soit garantie la protection des déposants, des clients du groupe Crédit mutuel et de l’ensemble des banques mutualistes. Afin d’y parvenir, au-delà du cas particulier d’Arkéa, il est essentiel à nos yeux d’assurer la stabilité du cadre législatif des groupes mutualistes français.

Dans ce cadre et sous ces réserves, le Gouvernement appelle les dirigeants du groupe Crédit mutuel à faire preuve de la plus grande diligence ainsi que d’une complète transparence à l’égard des sociétaires comme des clients du Crédit Mutuel Arkéa si ceux-ci devaient être sollicités pour décider d’une séparation définitive d’avec le groupe Crédit Mutuel. En tout état de cause, une telle opération devrait se dérouler en toute transparence.

M. le président. La parole est très brièvement à M. Paul Molac.

M. Paul Molac. J’entends bien, et je comprends aisément, la préoccupation du Gouvernement qui est de protéger les déposants.

Aujourd’hui, la séparation me semble inéluctable. Je note que le Gouvernement se dit ouvert à la possibilité que soit créé un nouvel établissement au sein du secteur coopératif, et cela me paraît une bonne chose. C’est également la volonté des caisses locales que de demeurer au sein du secteur de l’économie sociale et solidaire. Mais je vois mal comment cette séparation pourrait être évitée. Et chacun sait que parfois, mieux vaut une bonne séparation qu’un ménage qui tourne mal !

le lien de l’intervention

Pierre Gautier : « Si Arkéa sortait du Crédit Mutuel, sa rentabilité pourrait être plus faible »

L’agence de notation a placé la note du Crédit Mutuel Arkéa en perspective négative pour tenir compte des multiples incertitudes sur son avenir en dehors du Crédit MutuelCapture d’écran 2018-04-19 à 11.40.24.png

Arkéa n’est pas considérée comme une petite banque au niveau européen, mais elle devra faire la preuve de la résilience de son modèle économique en dehors du groupe mutualiste.

Le sens de l’histoire en Europe pousse plutôt à la consolidation. Dans ce contexte une petite banque a-t-elle un avenir ?

Le sens de l’histoire en Europe, c’est que quelques grands groupes dominent le marché dans chaque pays. En France, le mouvement a été mené à bien avant la crise financière (rapprochements Crédit Lyonnais et Crédit Agricole, Paribas et BNP, Crédit Foncier et le groupe Caisse d’Epargne, etc.). En Europe du Sud ou en Allemagne, le mouvement est le même, quoique plus lent.

Les régulateurs bancaires ont également vu d’un bon oeil cette consolidation, convaincus qu’il est plus aisé de réguler un nombre limité de grands groupes plutôt qu’une myriade de petits. Les coûts réglementaires et informatiques au sens large sont aujourd’hui plus importants qu’il y a quinze ans, et rentabiliser cette base de coût incite à une taille plus importante.

Les petits groupes sont donc voués à être moins rentables ?

Non, ce n’est pas une règle absolue. Il existe de petites banques rentables car concentrées sur une activité de niche où elles ont une vraie valeur ajoutée par rapport aux généralistes, comme des banques privées, des boutiques de M&A ou de gestion d’actifs.

Crédit Mutuel Arkéa ne rentre pas dans cette catégorie….

En effet, Crédit Mutuel Arkéa a développé depuis longtemps des activités complémentaires à la banque de détail, comme du BtoB ou une banque en ligne, mais le gros de son activité reste concentré sur la vente de produits bancaires et assurantiels traditionnels.

Notons toutefois qu’Arkéa n’est pas une petite banque au plan européen. Sa taille correspond aux numéros 6 ou 7 du marché espagnol et italien. Et force est de constater qu’elle est aujourd’hui rentable, bien capitalisée et diversifiée.

Cela présage-t-il de la solidité d’Arkéa en dehors du groupe Crédit Mutuel ?

Si Arkéa se trouvait demain en situation de totale indépendance, son coût de refinancement augmenterait certainement car elle ne bénéficierait plus du mécanisme de solidarité du Crédit Mutuel. La pression concurrentielle pourrait aussi évoluer en Bretagne et les coûts réglementaires augmenter.

L’avenir est difficile à prévoir mais, si Arkéa sortait du groupe Crédit Mutuel, sa rentabilité pourrait à terme être un peu plus faible. Arkéa n’a pas encore totalement défini son futur modèle économique. Il y a encore beaucoup d’inconnues, ce que reflète la perspective négative sur sa note.

L’indépendance d’Arkéa présente-t-elle un risque pour la stabilité financière ? Peut-elle nourrir des velléités d’indépendance d’autres groupes mutualistes français ?

A priori, cela ne représente pas de risque systémique pour la stabilité financière. Aujourd’hui, le sujet est essentiellement interne au Crédit Mutuel. La sortie d’Arkéa du groupe peut certes changer la dynamique compétitive en Bretagne, mais pas la donne au niveau national. Concernant un éventuel effet d’entraînement, le risque reste pour l’instant extrêmement limité : il y a moins de déséquilibres de taille entre les caisses régionales des autres groupes mutualistes que sont BPCE et Crédit Agricole qu’entre les fédérations du Crédit Mutuel.

Sharon Wajsbrot
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ARKÉA: 94,5% des Caisses votent l’indépendance

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Capture d’écran 2018-04-19 à 10.21.24.png le 19 Avril 2018

Les caisses locales choisissent l’indépendance pour Arkéa à 94.5 %

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